De nombreux Guinéens et autres Noirs/Africains, capturés ou échangés contre des marchandises non prohibées ou achetés dans le cadre de contrats de vente réguliers, furent envoyés dans lesdits royaumes. Cette bulle papale est conservée à l’Institut des Archives nationales de Torre do Tombo, à Lisbonne (Portugal), sous la référence PT/TT/BUL/0007/29. Son intégralité est reproduite en français dans l’ouvrage « Le péché du pape contre l’Afrique. (Éditions Al Qalam, Paris, 2002) d’Assani Fassassi, pages 10 à 21 ».
L’Africain/Noir réduit en esclavage, marqué au fer rouge : l’Église catholique, soutenue par ses anciens alliés de l’époque de l’esclavage, tente de provoquer une réaction médiatique négative afin de contrer la puissante vague de revendications de reconnaissance et de réparations qui a déferlé sur la Conférence contre le racisme de Durban en septembre 2001. La véritable diversion fut le spectacle pathétique offert en 2003 par des prélats catholiques Noirs/Africains qui plaidaient pour la responsabilité des Noirs/Africains dans la traite Négrière.
Cette démarche incohérente, intentionnelle ou non, exonère de toute responsabilité les liens avérés entre les esclaves, les Lumières, la monarchie, les industriels et l’Église. Il s’agit de révéler à l’Église toute l’ampleur de son implication dans la traite négrière, cette barbarie inhumaine. Il est essentiel de comprendre la traite négrière comme une vaste entreprise s’étendant sur près de cinq siècles de barbarie, durant lesquels l’alliance criminelle et Afrocide des puissants Européens a broyé l’humanité. Prélats, aristocrates, industriels et scientifiques se sont soutenus et influencés mutuellement pour façonner une Afrique à leur image : le lieu privilégié de la déportation sanglante de millions d’Africains réduits en esclavage. L’autorité morale de l’Église dans la société européenne était indispensable à toute activité d’envergure; elle régissait la vie quotidienne et les questions spirituelles, intimement liée au pouvoir qu’elle renforçait et imposait.
Le pouvoir évocateur de la chrétienté, ces territoires dominés par la religion et l’ordre chrétien, incombait aux plus hautes sphères de la société européenne. Ainsi, l’Église catholique a œuvré à un triple registre d’asservissement : en coproduisant une idéologie qui légitimait la traite négrière et l’asservissement des Africains et de leurs descendants; en participant directement à la distribution du butin de l’esclavage; et enfin, en étant une bénéficiaire économique et religieuse de ce commerce. D’un point de vue idéologique, l’Église a popularisé la légende des descendants de Cham, le fils maudit de Noé dans la Bible, condamné à n’être à jamais que l’esclave des esclaves de ses frères, identifiant ainsi les Noirs/Africains aux descendants de Cham. Cette désignation arbitraire d’une couleur, d’une altérité à asservir, a contribué à la disparition en Europe des formes extrêmes d’esclavage, harmonisant les pratiques d’exploitation des puissants avec le discours chrétien destiné à la consommation interne. Les infidèles, les païens, les hérétiques, les incrédules et ceux venus de contrées lointaines devenaient esclaves de par leur nature, en particulier ceux à la peau foncée.
Dans ce contexte de justification de l’injustifiable, de légitimation de l’illégitime par nature, le 8 janvier 1454, Nicolas V, de son vrai nom Tommaso Parentucceli (1398-1455), 206e pape, adressa une bulle papale spéciale au souverain portugais Alphonse V, l’autorisant à réduire en esclavage les populations Noires/Africaines de Guinée et les païens. Cette position de l’Église chrétienne, accompagnée de la légende de Cham, que la noble institution diffusa sans égard pour ses véritables fondements textuels et théologiques, trop heureuse de disposer de nouveaux territoires pour les croisades et l’évangélisation, allait s’imposer, balayant les réserves des nouveaux négriers et marchands néophytes.
La position de l’Église catholique sur la traite négrière était loin d’être une question mineure; son soutien à l’esclavage s’est poursuivi tout au long de cette période, comme en témoigne l’activisme doctrinal de l’éminent théologien français Bellon de Saint-Quentin, qui utilisait les Saintes Écritures pour libérer la conscience des marchands qui se fiaient à son savoir. L’Église chrétienne fut également l’institution qui, par l’intermédiaire de son représentant, le pape Alexandre VI, Rodrigo Borgia (de son vrai nom), entérina le partage du monde entre le Portugal et l’Espagne en 1494 par le traité de Tordesillas. L’Afrique, l’Asie et le Brésil revinrent au Portugal, tandis que l’Espagne obtint le reste des Amériques.
En tant que théoricienne et organisatrice de la traite négrière, l’Église s’est activement employée à en être la bénéficiaire directe et temporelle, sans oublier le festin des prédateurs. En effet, lors du premier acte d’esclavage, l’enlèvement de dix Noirs/Africains par une expédition militaire portugaise menée par Nuno Tristan et Antam Gonsalves, les « Meilleurs esclaves » furent offerts à Gabriele Condulmer, également connu sous le nom d’Eugène IV, 205e pape de l’Église catholique, apostolique et romaine. À cela s’ajoutaient les esclaves qui travaillaient dans les abbayes, les monastères et autres lieux de culte, soumis à toutes les contraintes liées à leur double statut de biens meubles et d’esclaves par nature, et qui pouvaient être convertis au christianisme à volonté.
De plus, nous ne devons pas oublier le Code Noir, qui régissait toute forme d’assujettissement légal et de torture des propriétaires d’esclaves dans les colonies françaises, dont la quasi-existence était, par décret, au service de l’économie de plantation. Ce Code fait expressément référence à l’Église catholique, seule religion autorisée dans les colonies, qui détenait le monopole du Dieu d’Israël. Nous devons donc rendre à la chrétienté esclavagiste ce qui lui est dû, en nous armant d’une culture de vigilance inflexible face aux nouvelles attaques du révisionnisme, qui se sont multipliées depuis que la question des réparations pour la traite négrière a été abordée dans des forums internationaux majeurs tels que Durban. La soudaine médiatisation du vaudou béninois culmine rituellement dans les médias occidentaux avec l’allégation, étayée par de faux témoignages, de la participation volontaire du Dahomey à la traite négrière.
Ces individus, intellectuellement appauvris, sont conditionnés à déstabiliser la dynamique afro-diasporique et à anesthésier l’opinion publique occidentale face à leur culpabilité historique en compilant sélectivement les faits relatifs à la traite négrière. Il est révélateur que personne ne s’interroge sur l’état de l’économie du Dahomey avant son entrée dans la traite. Cette omission n’est pas neutre ; elle s’explique par la nécessité de présenter des cas purement exemplaires de collaboration volontaire des Africains réduits en esclavage. Pourtant, les historiens savent pertinemment qu’avant que le Dahomey ne s’engage à corps perdu dans la traite négrière, le roi Agaja Trudo avait déployé une résistance et une énergie politique considérables pour y mettre fin, proposant d’autres formes explicites de coopération aux pays impliqués. Les Européens, par exemple, pouvaient faire appel à leurs artisans, comme ce fut le cas pour les rois Ashanti et Kongo.
Aujourd’hui, son descendant, « Oncle Tom », au nom du nouveau dieu du dollar, déclare vouloir asservir les Noirs/Africains pendant encore 100 ans. Car notre peuple a oublié son histoire tragique, a renié sa religion et continue de s’agenouiller devant le dieu d’Israël, « Les dieux des autres », et de tout pardonner à ses oppresseurs. L’histoire se répète sans cesse pour ceux qui ne se souviennent pas !


