C’est pourquoi il est peut-être temps de nous replonger dans ces termes et leurs véritables significations historiques. Afin de saisir plus clairement les subtilités de ces deux termes, il est d’abord nécessaire d’examiner les enseignements des civilisations riches et complexes qui ont vécu le long de la vallée du Nil, mais surtout, de réaliser que les anciens peuples Noirs/Africains vivaient une existence totalement différente de la nôtre.
En effet, nos ancêtres vivaient chaque jour et chaque vie avec une dévotion totale à ce que nous appellerions aujourd’hui le monde invisible de l’âme et de l’esprit. C’est pourquoi, pour les anciens Noirs/Africains, le temps ne se mesurait pas au rythme du tic-tac incessant d’une horloge mécanique ni à l’espoir d’un avenir assuré, mais se construisait plutôt à partir d’un concept beaucoup plus vaste qui englobait non seulement leur temps sur Terre, mais aussi celui de l’au-delà. Ainsi, toutes nos cultures, y compris nos incroyables édifices et nos sciences sacrées, se sont construites autour d’une compréhension complète de l’au-delà et de ce qu’il advient de la force qui anime la conscience humaine au moment de la mort.
Nos anciens sages ont rapidement découvert qu’un grand moment de confusion survenait toujours lors de la séparation de la conscience et du corps. En examinant cet état de confusion, ils ont compris qu’une division se produisait à cet instant crucial, et que la conscience se scindait ensuite en deux états ou entités distincts, chacun portant un nom différent. Le premier état de cette division de la conscience a été appelé « BÂ », représentant l’état d’existence immortel. C’est la conscience qui se réincarne lorsque le « BÂ » se sépare de la conscience au moment de la mort, puis, après avoir disparu dans le puits des âmes, revient sur terre pour renaître. Dans l’usage courant, les mots « Âme » et « Esprit » sont souvent considérés comme synonymes. Cependant, à y regarder de plus près, le terme « Âme » désigne le BÂ, cette part de notre conscience immortelle qui se réincarne et poursuit son cheminement d’apprentissage dans une autre dimension (un autre état).
La littérature religieuse la décrit comme l’étincelle divine qui réside en chacun de nous. Pour nous, il s’agit plutôt de l’aspect de cette conscience multidimensionnelle qui nous pousse à transcender notre nature animale, à dépasser les désirs de notre ego mesquin et à mieux appréhender l’interconnexion avec la réalité universelle. Également appelé Shu (souffle de vie), le BÂ devient invisible, ou la Force Essence qui se déplace à travers l’éternité, d’un corps à son grand voyage vers l’expérience ultime, la purification, puis l’illumination. Dans le Mdu Ntr, ou langage symbolique de la nature, le BÂ est parfois décrit comme une créature ailée à tête humaine, ou parfois comme un oiseau à visage humain, pour représenter la part de nous consciente de quitter la Terre à la mort. C’est pourquoi il est représenté comme un être humain ou un oiseau ailé à tête humaine, dont le symbolisme représente la force qui peut être libérée de l’Arbre de Vie, permettant de planer dans le Cosmos, une fois affranchi de la gravité et des contraintes matérielles.
Le second aspect de cette grande séparation a été nommé (KÂ), représentant la part de conscience humaine qui demeure sur Terre. Symbolisé par Mdu Ntr, les deux bras levés vers l’horizon, il est perçu comme l’Ombre génétique, un résidu psychique de l’être conscient précédent, représentant l’Esprit. Ce résidu est lié à tout ce que le corps physique a vécu, aux objets qu’il a possédés et aux personnes qu’il a connues, mais il demeure à jamais à l’endroit de sa vie. KÂ devient l’aspect de la conscience qui se révèle lorsque le BÂ, ou la force qui nous anime, quitte le corps physique pour devenir l’ombre spirituelle. L’empreinte psychique restante de la conscience, l’âme ou l’esprit, occupe les cieux, un monde souterrain illusoire où elle peut revivre sa propre vie humaine encore et encore pour l’éternité. Ainsi, de ce point de vue, on peut l’aborder à partir du mot « Esprit », qui, en fait, fait référence à KÂ.
C’est uniquement grâce à leur savoir, à leurs études approfondies et à la compréhension du lien de parenté entre les BÂ et les KÂ que nos Aa’khu ont compris la nécessité d’une science de la vie après la mort, et ont alors découvert les excellentes relations qui existaient entre l’âme, l’esprit, le sang et la terre; entre nos biens personnels et notre esprit ; et entre nos ancêtres et notre propre existence.


