Derrière les promesses de salut se dissimule une forme subtile de conditionnement, visant à neutraliser toute capacité d’insubordination, d’examen critique ou d’éveil spirituel autonome. Ces systèmes religieux souvent hérités du colonisateur ont non seulement contribué à l’effacement des spiritualités africaines autochtones, mais ont également supplanté les formes anciennes de sagesse par des entraves importées. Il est, par conséquent, urgent et primordial que nous ouvrions à nouveau les yeux, que nous brisions ces chaînes invisibles et que nous réimaginions notre rapport au divin au-delà des confins des cages doctrinales. Car l’âme humaine, pour s’élever, n’a absolument nul besoin de dogme (elle requiert la vérité, la conscience et la liberté).

Après avoir observé avec rigueur les sociétés religieuses et leur fonctionnement interne, Karl Marx a conclu : « La religion est l’opium du peuple ». Par cette métaphore, il décrit la religion comme un moyen d’anesthésie sociale une substance idéologique qui apaise la douleur existentielle en offrant des illusions de consolation. En d’autres termes, la religion agit comme une drogue (elle altère la perception de la réalité, soulage la souffrance et confère un sens artificiel à l’incompréhensible).
Selon les dictionnaires, une drogue est toute substance qui altère la conscience, le comportement ou la perception afin de rendre la réalité plus supportable. Appliquée au phénomène religieux, cette observation prend toute sa signification. Interrogez un croyant fervent : il vous dira que la mort n’est qu’une transition et que l’espoir de la vie éternelle adoucit les épreuves du présent. Il ajoutera que la religion offre un guide éthique ainsi que des réponses aux grandes questions de l’existence précisément là où la raison se montre parfois impuissante. Mais cette « Réponse » n’est-elle pas, elle-même, un simple substitut ? Grâce à un ensemble de croyances rigides, de dogmes intangibles et de figures d’autorité spirituelle Dieu, Jésus, les prophètes, les saints, Etc., les décisions difficiles, les doutes profonds et les angoisses existentielles sont balayés, enveloppés dans une rhétorique rassurante.
La tragédie de la condition humaine souffrance, mort, insignifiance est ainsi neutralisée par la promesse d’un au-delà, par des certitudes toutes faites. En réalité, rien ne change véritablement : ce n’est pas la réalité qui s’adoucit, mais bien notre perception qui est artificiellement altérée. C’est là que réside tout le paradoxe : la religion, à l’instar d’une drogue, ne guérit pas ; elle ne fait qu’apporter un soulagement. Mais à quel prix ?? Au prix de la lucidité ou de la stupidité ?? Comme toute substance psychoactive, la religion n’est pas sans effets secondaires. Le plus inquiétant est peut-être la rupture progressive avec la réalité, une forme de désengagement du monde semblable à celle observée chez les consommateurs de drogues dites « Douces ».
Ce détachement a des conséquences concrètes : la vie quotidienne, les responsabilités humaines et les liens affectifs perdent de leur importance aux yeux du croyant devenu dépendant. Il ne se perçoit plus désormais que comme un simple pèlerin de passage, focalisé non sur le présent, mais sur la promesse d’une vie éternelle. Il risque ainsi de gâcher les précieuses années de sa brève existence terrestre dans l’attente d’un salut incertain. Un autre effet secondaire classique de la dépendance religieuse réside dans une réaction obsessionnelle et défensive face à toute forme de remise en question. À l’instar du toxicomane en quête de sa prochaine dose, certains croyants se montrent farouchement hostiles à toute critique de leur foi. À première vue, cette virulence peut sembler surprenante. Elle s’explique pourtant aisément : ébranler leurs croyances revient à menacer les fondements mêmes de ce qui leur procure sens, réconfort et stabilité intérieure. C’est leur « Dose spirituelle » qui leur est retirée. Et tel un héroïnomane privé de sa seringue, le croyant réagit par l’angoisse, la colère, voire la violence, face à ce qu’il perçoit comme une menace existentielle.
Chers frères et sœurs Noirs/Africains, le conditionnement mental a atteint un point où il en devient presque surréaliste. Le Jésus Blanc avec ses traits étrangers a occupé le devant de la scène dans l’imaginaire collectif, éclipsant nos propres figures ancestrales. Il suffit d’observer attentivement certaines scènes du quotidien : les maisons d’Africains qui, bien que fiers de leurs origines élégamment vêtus, soignés et incarnant extérieurement une certaine dignité sont silencieusement trahis par les murs mêmes qu’ils décorent. « Au cœur de leurs maisons sont accrochées des images pieuses venues d’ailleurs : un Christ blanchi, une Sainte famille représentée dans l’iconographie européenne, souvent placées à côté de meubles modernes, sans la moindre trace de leurs propres origines. (Aucun portrait d’ancêtres, aucun symbole de leur patrimoine culturel, aucune œuvre d’art ancrée dans leur tradition) ».
La maison semble belle, et pourtant l’âme paraît vide d’elle-même. Tel est le douloureux paradoxe d’une génération coupée de ses racines une génération qui vénère les autres tout en oubliant les siens. Et lorsque ceux que nous croyions « éveillés » ceux vers qui nous nous tournions comme vers des exemples reproduisent ce même schéma, la blessure est double. Nous attendions la lumière, mais les ténèbres ont prévalu. Toutefois, l’espoir demeure. Car, selon les Écritures elles-mêmes : « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira. Jean 8:32. (By; DKB) ».


