Patrice Lumumba est connu pour avoir été l’un des plus jeunes dirigeants Noirs/Africains à devenir Premier ministre du Kongo, à l’âge de 35 ans, le 30 juin 1960. Son mandat de Premier ministre n’a duré que sept mois, jusqu’à son arrestation. Avant de devenir Premier ministre, Lumumba était également un panafricaniste et un militant politique. Au cours de sa courte vie, il a rédigé de nombreux discours et lettres pour des conférences. Beaucoup de ces lettres ont été écrites en prison et adressées aux Nations Unies et aux États-Unis, mais ces deux instances sont restées passives et n’ont rien fait pendant que Lumumba était injustement détenu. Il a également écrit des lettres personnelles à sa femme et à ses amis, exprimant ses sentiments et décrivant ses difficiles conditions de vie.
Lettre à A. M. Dayal, Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies. Thysville, le 4 janvier 1961. Monsieur le Représentant spécial,
Le 27 décembre, j’ai eu le plaisir de recevoir la visite de la Croix-Rouge, qui s’est enquise de ma situation et de celle des autres parlementaires emprisonnés avec moi. Je leur ai fait part des conditions inhumaines dans lesquelles nous vivons. En résumé, la situation est la suivante : je suis ici avec sept autres parlementaires. De plus, nous sommes accompagnés de M. Okito, président du Sénat, d’un employé du Sénat et d’un chauffeur. Nous sommes donc dix au total. Nous sommes enfermés dans des cellules humides depuis le 2 décembre 1960 et il ne nous a jamais été permis d’en sortir. Les repas qui nous sont servis deux fois par jour sont très insuffisants.
Pendant trois ou quatre jours, je n’ai mangé qu’une banane. J’en ai informé le médecin de la Croix-Rouge qui est venu me voir. Je lui ai parlé en présence d’un colonel de Thysville. J’ai exigé qu’on m’achète des fruits avec mon propre argent, car la nourriture qu’on me donne ici est épouvantable. Bien que le médecin ait donné son autorisation, les autorités militaires qui me gardent ont rejeté ma demande, affirmant qu’elles suivaient les ordres de Kasavubu et du colonel Mobutu. Le médecin de Thysville m’avait prescrit une courte promenade chaque soir afin que je puisse quitter ma cellule, ne serait-ce que pour un court instant. Mais le colonel et le commissaire de district me l’ont refusée. Les vêtements que je porte n’ont pas été lavés depuis trente-cinq jours. Il m’est interdit de porter des chaussures. « En bref, les conditions dans lesquelles nous vivons sont absolument intolérables et contraires à toutes les règles. De plus, je n’ai aucune nouvelle de ma femme et j’ignore même où elle se trouve. Normalement, j’aurais dû recevoir des visites régulières, comme le stipule le règlement pénitentiaire en vigueur au Kongo. Or, ce règlement stipule clairement qu’au plus tard un jour après son arrestation, un détenu doit être présenté à l’enquêteur chargé de l’affaire. Cinq jours plus tard, le détenu doit être présenté à un juge, qui doit statuer sur son placement ou non en détention provisoire ».
Dans tous les cas, le détenu doit être assisté d’un avocat. Le code pénal prévoit qu’un prisonnier est libéré si, cinq jours après son incarcération, le juge ne prend pas de décision concernant sa détention provisoire. Il en va de même si la décision initiale (prise cinq jours après l’arrestation) n’est pas confirmée dans un délai de quinze jours. Depuis notre arrestation le 1er décembre et jusqu’à ce jour, nous n’avons été présentés à aucun juge et aucun juge ne nous a rendu visite. Aucun mandat d’arrêt ne nous a été présenté. Nous sommes simplement détenus dans un camp militaire, et cela fait trente-quatre jours. Nous sommes incarcérés dans des cellules de détention militaire. Le code pénal est bafoué, tout comme le règlement pénitentiaire. Il s’agit purement et simplement d’une détention arbitraire. Je tiens à ajouter que nous bénéficions de l’immunité parlementaire.
Telle est la situation, et je vous prie d’en informer le Secrétaire général des Nations Unies. Je garde mon calme et j’espère que l’ONU nous aidera à sortir de cette situation. Je suis favorable à la réconciliation entre tous les enfants de ce pays. J’écris cette lettre en secret, sur du papier de mauvaise qualité. J’ai l’honneur d’être (…), Etc. Source : Patrice Lumumba, Premier ministre, « La vérité sur un crime monstrueux des colonialistes », Moscou, Éditions en langues étrangères, 1961, p. 68-69.

Un autre chapitre de l’histoire du Kongo : Que retenir du gouvernement de Moïse Tshombe (1964 – juillet 1965) ? Il fut l’une des figures emblématiques de l’histoire Kongolaise au lendemain de l’indépendance du pays, le 30 juin 1960. Il fut l’homme fort de la sécession du Katanga, qui débuta seulement 11 jours après l’indépendance du Kongo. Il s’exila après que la situation se fut compliquée suite à l’assassinat de Patrice Emery Lumumba. « Lors des négociations visant à restaurer l’unité du Kongo, les acteurs politiques restés dans le pays firent également appel à lui. Nommé Premier ministre à son retour d’exil, il forma un gouvernement de douze membres, connu sous le nom de « Gouvernement de sécurité publique ». Son gouvernement vainquit la rébellion de Christophe Gbenye, Nicolas Olenga et Gaston Soumialot, et organisa les élections générales qui permirent la mise en place d’institutions politiques nationales et provinciales, avant l’élection présidentielle qui devait se tenir au début de l’année 1965 ».
Il fut démis de ses fonctions par le président Kasa-Vubu au motif qu’il avait accompli sa mission. Ce fut le point de départ d’une nouvelle flambée de la crise dans le pays, engendrant, pour la énième fois, une instabilité politique généralisée au cours de l’année 1965. C’est dans ce contexte chaotique que Mobutu Sese Seko profita de la situation pour mener son coup d’État le 24 novembre 1965.

