Ethiopie, ta prospérité fait lorgner les incultes
Là où l’on chanterait ton histoire de gloire comme un culte
Ils entonnent leur chant funèbre de séparation
Pour te plonger dans la consternation.
Ethiopie,
Terre des origines et des hautes solitudes,
Tes plateaux ont connu le pas des ancêtres,
La prière des femmes au seuil des églises antiques,
Le chant des muezzins montant dans la brume,
Et le rire clair des enfants
Courant derrière les troupeaux.
Mais aujourd’hui,
Le vent traverse tes villages
Comme une plainte sans visage.
Les maisons ont perdu leurs portes,
Les champs, leurs moissons,
Et la terre boit des larmes
Là où elle attendait la pluie.
Ô mère aux mille langues,
Qui dira le nom de tes absents ?
Qui rendra aux mères
Les fils engloutis par la guerre ?
Qui recoudra le ciel déchiré
Au-dessus de tes villes silencieuses ?
Dans le Tigré,
Les pierres se sanglotent.
Elles voient passer la peur,
Les pas pressés,
Les regards baissés,
Les berceaux devenus trop légers
Et les routes chargées d’exil.
Dans l’Amhara, dans l’Oromia,
Partout où la violence pose son ombre,
Des hommes portent leurs morts
Comme on porte une saison impossible.
Et pourtant, sous la cendre,
Une graine demeure.
Car nul canon ne peut réduire
Le chant d’un peuple
Qui a survécu aux siècles.
Nulle nuit ne peut vaincre
La lumière cachée
Dans les mains qui sèment encore,
Dans les femmes qui consolent,
Dans les enfants qui dessinent
Un soleil au bord des ruines.
Éthiopie,
Nous ne te célébrons pas comme une blessure,
Mais comme une mémoire debout.
Tu es la cicatrice et le commencement,
La montagne après l’orage,
La voix qui tremble
Mais refuse de se taire.
Que reviennent les troupeaux aux vallées,
Les tambours aux places,
Les récoltes aux champs,
Les rires aux maisons.
Que les armes rouillent
Dans la poussière des chemins
Et que les mains, enfin,
Se tendent pour bâtir
Au lieu de se lever pour frapper.
Eternelle Éthiopie,
Ô terre des origines meurtrie,
Que tes enfants retrouvent ton visage
Sans peur, sans sang, sans exil.
Que tes rivières emportent les rancunes
Jusqu’à la mer lointaine,
Et qu’un jour, sur tes hauteurs,
Le soleil se lève
Non sur des ruines,
Mais sur un peuple réconcilié.
Alors, de tes blessures mêmes
Naîtra peut-être un chant nouveau :
Un hymne sans vainqueur ni vaincu,
Un hymne de paix,
Un hymne de mémoire,
Un hymne à la vie
Qui, malgré tout,
Refuse de mourir.

