KONGOLISOLO
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Devoir de Mémoire – La première Conférence panafricaine des peuples Noirs/Africains, en décembre 1958, réunissant l’Afrique subsaharienne, ainsi que le Maghreb et l’Égypte, s’est tenue à Accra, au Ghana, et a décidé de soutenir les mouvements d’indépendance en Afrique : La Commission de défense de l’Organisation de l’unité Africaine y a depuis lors son siège; (C’est Kwame Nkrumah, président de ce Ghana nouvellement indépendant, qui organisa cette réunion et souhaitait en faire le tremplin d’une politique Africaine; il présenta ses objectifs nationalistes et tenta d’imposer le panafricanisme comme moyen d’atteindre la liberté); « Voici un court extrait du discours de Patrice Lumumba lors de cette conférence, le 11 décembre 1958 »

Malgré les frontières qui nous séparent, malgré nos différences ethniques, nous avons la même conscience, la même âme imprégnée jour et nuit d’angoisse, les mêmes préoccupations de faire de ce continent Africain un continent (libre, heureux et à l’abri de toute domination colonialiste). « Nous sommes particulièrement heureux de constater que cette conférence s’est fixé pour objectif de combattre tous les facteurs internes et externes qui font obstacle à l’émancipation de nos pays respectifs et à la réunification de l’Afrique. Parmi ces facteurs figurent le colonialisme, l’impérialisme, le tribalisme et le séparatisme religieux, qui constituent autant d’obstacles sérieux à l’avènement d’une société Africaine harmonieuse et fraternelle. (Image d’illustration : Patrice Lumumba et Kwame Nkrumah à Accra le 8 août 1960) ».

Lumumba a fait ses études dans des missions chrétiennes, catholiques et protestantes. Après avoir occupé des postes subalternes dans une compagnie minière, il a trouvé un emploi de commis de bureau à Léopoldville/Kinshasa. En 1956, de retour d’un court séjour en Belgique, il fut arrêté, jugé et condamné à 12 mois de prison pour détournement de fonds dans une affaire liée à son travail à la caisse d’épargne postale ; c’est pendant cette incarcération qu’il écrivit son livre « Kongo, terre d’avenir », dans lequel il exprimait l’espoir que les Belges et les Congolais parviendraient à un accord fraternel pour une union durable. En 1957, Lumumba prit la direction commerciale d’une grande brasserie; (Lumumba fréquentait à l’époque les bars de la capitale, animés par des groupes de musique panafricaine tels que l’orchestre African Jazz de Joseph Kabasele).

De l’autre côté du fleuve Kongo, à Brazzaville, on parlait déjà d’indépendance vis-à-vis de la France. Le jeune homme, qui présidait ou participait à plusieurs groupes de discussion, décida de fonder le Mouvement national congolais (MNC) en octobre 1958. Encore modéré et réformiste, le MNC s’efforçait néanmoins de lutter résolument contre toute forme de division au sein du Kongo. Convaincu de l’importance d’implanter le mouvement dans toutes les régions du pays, Lumumba se distinguait de la classe politique de l’époque, plus encline à s’inscrire dans un cadre ethnique. Son séjour à Accra en décembre 1958 allait définitivement orienter Lumumba vers l’anticolonialisme et le panafricanisme.

En route pour la Conférence panafricaine d’Accra, les délégués du Mouvement panafricain pour la liberté de l’Afrique de l’Est et centrale (PAFMECA) firent une escale de trois jours à Léopoldville. Ils y reçurent un accueil très organisé de la part des autorités coloniales belges. Pour les rassurer, les autorités belges leur présentèrent quelques Kongolais cooptés par le système colonial. Surpris par le discours de ces Kongolais complaisants, qui dépeignaient un tableau idyllique de la colonie et des relations harmonieuses entre Belges et Kongolais, et constatant qu’ils n’avaient jamais entendu parler de la conférence d’Accra, annoncée pourtant dans toute l’Afrique depuis six mois, les délégués d’Afrique de l’Est décidèrent de mener leur propre enquête, ce qui leur permit de comprendre la manipulation orchestrée par les autorités belges. Ce soir-là, ils rencontrèrent Lumumba dans un bar du quartier Africain de la capitale. Le courant passa immédiatement, et la délégation Kényane décida de lui payer son billet d’avion, ainsi que ceux de quatre de ses compagnons.

Les autorités belges, qui ne voyaient pas en Lumumba une menace, autorisèrent son voyage. Elles allaient bientôt regretter cette erreur de jugement, qui allait bouleverser l’histoire du Kongo et de toute l’Afrique. À Accra, George Padmore, Frantz Fanon et Félix Moumié furent captivés par la personnalité de Lumumba, et Nkrumah décida de faire de la libération du Kongo une affaire personnelle. La fin de la colonie belge : Lorsque Lumumba revint à Léopoldville, son discours avait changé. Il était déterminé à obtenir l’indépendance du Kongo dans un cadre nationaliste et panafricain. Bien que le Kongo fût sans doute la colonie la moins préparée à l’indépendance, il l’obtint avant toutes les autres colonies d’Afrique centrale et orientale.

En effet, le 4 janvier 1959, les Belges furent débordés par une insurrection dans les quartiers Africains de Léopoldville. L’état d’urgence fut décrété. La Belgique comprit que les événements risquaient de s’accélérer et qu’il était important de trouver un moyen de ne pas tout perdre. Mais ce que Lumumba craignait depuis longtemps commençait à se produire à mesure que la perspective de l’indépendance se précisait : l’unité du Kongo, un vaste territoire 80 fois plus grand que la Belgique, dont certaines régions possédaient des richesses fabuleuses, s’effritait. En juillet 1959, le MNC se scinda en deux suite à un différend avec Albert Kalonji. En août 1960, Kalonji proclama l’indépendance de la région minière du Sud-Kasaï. Dans l’autre région minière stratégique, le Katanga, l’homme d’affaires Moïse Tshombe développa un discours tribaliste et sécessionniste.

Dans la capitale, Lumumba continuait de diffuser des idées qui déplaisaient aux autorités belges. À l’automne 1959, il fut de nouveau arrêté pour des propos nationalistes tenus lors d’un discours. Pourtant, en janvier 1960, à Bruxelles, sa présence fut sollicitée par les délégués Kongolais envoyés à la Conférence de la Table ronde, organisée pour examiner les conditions de la transition vers l’indépendance. Libéré, Lumumba rejoignit la capitale belge où il rencontra Kalonji, Kasa-Vubu et Tshombe. Un journaliste, alors proche de Lumumba, Joseph Désiré Mobutu, était également présent. À son retour de Bruxelles, Lumumba était membre du Collège exécutif général, qui avait pour mission de conduire le Kongo à l’indépendance le 30 juin 1960. En avril, il se rendit au Ghana pour rencontrer Nkrumah et Moumié. Ce voyage inquiéta les Belges et les Américains, qui soupçonnaient Nkrumah d’avoir des visées sur le Kongo.

Dès lors, Lumumba fut la cible d’attaques régulières de ses opposants, mais aussi de membres de son propre camp. Ses ambitions et sa manière de déconcerter les Belges, peu habitués à voir un Africain leur tenir tête, firent de lui une figure controversée. Lumumba, que les Belges croyaient initialement malléable, se révéla être un homme ingérable. Ses détracteurs mirent en avant ses erreurs de jeunesse, les exagérant. Son appartenance présumée au communisme, jamais prouvée et toujours démentie, revint comme un leitmotiv. Mais sa popularité ne cessa de croître. Le MNC remporta les élections de mai 1960. Tandis que Kasa-Vubu devenait président de la République, Lumumba fut chargé de former le gouvernement.

Le jour de l’indépendance, le 30 juin 1960, Lumumba griffonna quelques mots sur une feuille de papier en écoutant les discours de Kasa-Vubu et du roi Baudouin, qui se félicitaient mutuellement. Il se leva et se dirigea vers la tribune. Contre toute attente, il prit la parole et, s’adressant aux hommes et aux femmes Kongolais, aux combattants de l’indépendance victorieux de ce jour, il prononça le discours d’indépendance le plus marquant jamais prononcé par un homme Noir/Africain en présence de la plus haute autorité métropolitaine. Accusant les Belges d’avoir rendu cette lutte nécessaire (une lutte indispensable pour mettre fin à l’esclavage humiliant qui nous était imposé par la force), Lumumba déclara qu’ils n’oublieraient jamais (les ironies, les insultes, les coups que nous avions dû subir, midi et soir parce que nous étions Nègres). D’une voix ferme, il annonça que le Kongo traiterait désormais avec la Belgique (d’égal à égal), mais choisirait ses alliances en fonction des intérêts Kongolais.

Dans la salle, son discours, retransmis en direct à la radio, fut accueilli par des applaudissements retentissants, exhortant le peuple Kongolais à (engager une nouvelle lutte, une lutte sublime qui mènerait notre pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur). Demandant à (chacun d’oublier les querelles tribales qui nous épuisent et risquent de nous faire mépriser à l’étranger), il paraphrasa la déclaration d’indépendance de Nkrumah : (Nous montrerons au monde ce que l’homme Noir/Africain peut faire lorsqu’il travaille en liberté, et nous ferons du Kongo le centre d’influence de toute l’Afrique). Sous les applaudissements du public, il conclut son discours en déclarant que l’indépendance du Kongo marquait une étape décisive vers la libération de tout le continent Africain.

Le roi Baudouin rentra à Bruxelles humilié. Tandis que le Premier ministre Kongolais accédait immédiatement au rang de héros de la cause Noire/Africaine, le président Américain Dwight Eisenhower, qui avait demandé l’ouverture d’un dossier sur Lumumba, comprit que la situation au Kongo risquait de se compliquer !

Lumumba

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