KONGOLISOLO
Actualité

Devoir de mémoire – Histoire et caractéristiques : Quid de la Sapologie au temps de nos ancêtres ? Comment était-ce au temps de nos ancêtres ? Bien habillé, bien coiffé, bien parfumé; c’est celui qu’on appelle affectueusement Papa Wemba qui prononçait ces mots (paroles) dans sa chanson (Matebu, en 1979); des mots qui resteront à jamais gravés dans la mémoire collective des Kongolais (de la RD Kongo et de la République du Kongo; « Rien de tout cela, mais ils vivaient décemment » … (VIDÉO)

En effet, ces paroles reflètent parfaitement l’esprit d’un mouvement bien atypique, appelé communément « Sape ». Après la Première Guerre mondiale, les soldats Kongolais engagés auprès des armées françaises et belges rentrent dans leur pays avec des médailles en tissus, autrement dit, des chapeaux melons et redingotes de style occidental. Il s’agissait d’une façon pour ces soldats de montrer qu’ils venaient d’un autre univers. Cet étalage de vêtements et autres accessoires étaient en réalité les prémisses de ce qui allait être, quelques décennies plus tard, la Sape.

La Sape est le sigle pour « Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes ou Société Africaine des Personnes Élégantes ». C’est un mouvement qui a été révélé après les indépendances du Kongo-Kinshasa et du Kongo-Brazzaville et qui s’apparentent à ce que l’on a appelé le dandysme dans la France du XIXe et du début du XXe siècle. Les Kongolais ont fait de la Sape une science qu’ils dénomment (la sapelogie ou sapologie); les adeptes de celle-ci sont, eux, appelés (Sapeurs).

Jadis, la sapologie se limitait à l’imitation de ce qui se faisait en Occident, mais c’est avant que les Sapeurs s’approprient les vêtements des grands couturiers européens et que la Sape prenne un autre tournant, beaucoup plus créatif. On raconte que le mot Sape aurait été inventé par Christian Loubaki, qui est appelé (enfant Mystère). En effet, celui-ci travaillait pour des aristocrates français dans le 16ème arrondissement de Paris. Fasciné, il passait son temps à observer ses patrons s’habiller et reprenait quelques vêtements que ceux-ci lui offraient. Alors qu’un jour Christian Loubaki essayait des vêtements de ses patrons, l’un d’eux lui dit : « Tel que tu t’es habillé, tu vas saper le moral de tes amis ». Ne maîtrisant pas la langue française, Christian Loubaki aurait mal compris ce qu’on lui aurait dit et aurait inventé le mot Sape en lui donnant un sens propre. 

En 1976, Christian Loubaki, de retour au Kongo pour ses vacances, fait montre de ses nouveaux vêtements en ne cessant de répéter qu’il était le meilleur Sapeur ! Il crée par la suite, avec l’aide de son ami Koffino Massamba, la première boutique pour sapeurs : « La Saperie à BaKongo ». La créativité dans sa façon de s’habiller est ce qui caractérise le sapeur. En outre, il faut distinguer le sapeur de la Société Africaine des Personnes Élégantes et celui de la Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes. Le premier est un descendant de l’ « Enfant Mystère » (Christian Loubaki), qui s’était inspiré du dandysme bourgeois (essentiellement en costume-cravate, et axé sur la recherche des couleurs); tandis que le second est un pur exhibitionniste et sa parure doit continuellement être l’objet d’un spectacle, il s’inspire beaucoup du style vestimentaire de l’aristocratie japonaise. En se prêtant à une généralisation abusive, on pourrait caractériser le Sapeur congolais de Brazzaville par la première tendance et le Kongolais de Kinshasa par la seconde tendance, dont le feu Stervos Niarcos restera le symbole, bien que Papa Wemba en soit actuellement considéré comme le représentant. Il faut préciser que Papa Wemba a été, à une certaine époque, habillé par Christian Loubaki (les deux se sont connus par l’intermédiaire de Niarcos).

Philosophie

  • En Afrique ancestrale, l’apparence a toujours eu une signification particulière. La parure était révélatrice du statut des personnes, ainsi que de leur identité, et cela, toujours en adéquation avec le groupe dont ces personnes appartiennent. Encore aujourd’hui, le mode vestimentaire du Sapeur est une marque de prospérité ou plus particulièrement de raffinement;
  • Il y a une interaction entre le vêtement et l’homme qui le porte : l’homme manipule les vêtements et ceux-ci le fabrique, ou marque son identité, car il ne s’agit pas de paraître sans être. Par sa philosophie, le Sapeur se réclame être d’un niveau supérieur et d’avoir atteint un certain niveau de réussite;
  • Pourtant, beaucoup de Kongolais dénigrent le mouvement de la Sape, car ils le considèrent comme étant le paroxysme de l’orgueil alors que certains Sapeurs ne peuvent pas se le permettre, vu leur situation sociale. Ils évoquent également le fait que la philosophie de la Sape constitue un message négatif à la jeunesse congolaise actuelle, à un moment où leur pays se trouve dans un état chaotique. Bien se vêtir ne devrait certainement pas être une priorité;
  • Cependant, une analyse plus nuancée nous permet de comprendre que la Sape est, en réalité, une quête d’équilibre, de raffinement et de perfection de soi. La Sape est un mouvement pacifique participant à la construction de l’homme. Il lui permet de résister à la misère et à toute forme de médiocrité. L’orgueil que l’on reproche aux sapeurs n’est, en fait, qu’un rempart contre la médiocrité à laquelle l’Occident et les structures autoritaires veulent les réduire;
  • La Sape prend le caractère d’une religion, qui montre le monde sous un autre jour et conduit le Sapeur à passer au-dessus de ses difficultés qu’il aborde différemment. Les jeunes Sapeurs désirent tous se rendre en Europe, qu’ils considèrent comme un Eldorado de la haute couture et pouvoir ramener aux pays les plus beaux pièces qu’ils auront réussi dénicher.

Car, en effet, si l’examen se déroule à Paris ou Bruxelles, la proclamation de l’élégance a bien lieu au pays !

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