KONGOLISOLO
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Devoir de mémoire – Entre communisme et anticolonialisme; par George Padmore et C.L.R. James : Padmore est une figure méconnue, mais essentielle de l’histoire du panafricanisme, au même titre que Du Bois, Garvey et Nkrumah, avec lesquels il a collaboré à différentes périodes de sa vie; (cependant, contrairement à ces trois figures majeures du panafricanisme, Padmore est resté dans l’ombre; il n’était ni un universitaire de renommée mondiale comme Du Bois, ni un leader d’un mouvement populaire comme Garvey, ni un chef d’État comme Nkrumah); « Pourtant, sa vie et sa personnalité conjuguent des éléments politiques, intellectuels et populaires fondamentaux; (les deux principales publications qui lui sont consacrées, celle de James Hooker en 1967 et celle de Fitzroy Baptiste et Rupert Lewis en 2009, sont loin d’épuiser les sources sur cette figure centrale des réseaux militants Noirs/Africains et anticoloniaux des années 1930, et surveillée par tous les services de renseignement de l’époque) »

Après des études à Trinité-et-Tobago, où il entama une carrière de journaliste, Padmore obtint un visa pour étudier la médecine et le droit dans les universités américaines historiquement noires de Fisk et Howard. En 1927, avec le militant nigérian Nnamdi Azikiwe, qu’il venait de rencontrer, Padmore tenta sans succès de créer une organisation d’étudiants africains aux États-Unis. Par la suite, il rejoignit le Parti communiste des États-Unis (CPUSA). Fin 1929, le secrétaire général du CPUSA, William Z. Foster, décida de l’envoyer à la Troisième Internationale (Komintern) à Moscou. Padmore ne remit plus jamais les pieds aux États-Unis. Devenu directeur du Bureau Nègre du Komintern et faisant preuve d’une sensibilité plus léniniste que stalinienne, Padmore s’installa à Hambourg, dans le Nord de l’Allemagne.

Après un bref exil à Vienne, il retourna dans la ville hanséatique, d’où il correspondit avec les mouvements syndicaux, anticoloniaux, internationalistes et panafricanistes des années 1930 à la fin des années 1950. En juillet 1931, Padmore, qui avait pris la direction de l’Union internationale des travailleurs noirs (ITUCNW), organisa le premier Congrès international des travailleurs noirs à Hambourg. Avec le militant communiste noir James Ford, il fonda également la revue « The Negro Worker ». Menacé par la montée du régime nazi, Padmore fut arrêté par la police politique à Hambourg, puis expulsé vers Londres en février 1933. Surveillé par les autorités britanniques, il passa les semaines suivantes entre Paris, Copenhague et Londres. Constatant l’ambiguïté de Moscou à l’égard du colonialisme britannique et français, Padmore critiqua les autorités communistes, qui l’expulsèrent officiellement en juin 1934 avant de lancer une campagne de diffamation contre lui.

S’installant à Londres et désormais anti-stalinien, Padmore se consacra entièrement à l’organisation des mouvements ouvriers et paysans ainsi que des partis nationalistes dans les colonies. Lors d’une réunion, il fut surpris de retrouver son compatriote C.L.R. James à ses côtés. La surprise fut réciproque, car James ignorait que le célèbre George Padmore et son ami d’enfance Malcolm Ivan Meredith Nurse n’étaient qu’une seule et même personne. Théoricien révolutionnaire, trotskiste, critique hégélien-marxiste, analyste littéraire et sportif, orateur brillant et mentor de nombreux jeunes militants noirs, James est, selon le poète barbadien George Lamming, l’un des esprits les plus brillants des Caraïbes anglophones. James, qui n’a jamais fréquenté l’université, incarne également l’autodidacte et prouve que les voyages et les rencontres peuvent parfois offrir une formation plus enrichissante que n’importe quel diplôme.

Arrivé de Trinité-et-Tobago en Angleterre en 1932 pour aider le joueur de cricket Learie Constantine à rédiger ses mémoires, James adhéra aux idées trotskistes tout en travaillant aux côtés du prolétariat de la ville industrielle de Nelson, dans le centre de l’Angleterre, et en parcourant le pays pour couvrir la saison de cricket pour la presse sportive. Fondateur de l’International African Friends of Abyssinia (IAFA) en réaction à l’agression italienne de 1935, James publia deux ouvrages en 1938, influencés par ses discussions avec ses compatriotes Padmore et Eric Williams, qui étudiaient alors à Oxford : (A History of Negro Revolt), qui examinait les luttes des Noirs depuis le XVIIIe siècle, et surtout (The Black Jacobins), qui analysait la Révolution haïtienne.

En Angleterre, au milieu des années 1930, James et Padmore furent les fers de lance d’une dissidence marxiste et internationaliste : un mouvement qui soulignait sans concession les limites de l’idéologie de gauche et de la pratique de la révolution mondiale, ainsi que l’incapacité des organisations communistes à aborder la question coloniale et raciale. Après avoir rompu avec le Komintern en 1934, Padmore rejoignit James, qui n’avait jamais adhéré au communisme dogmatique et autoritaire de Staline. « Après avoir rendu visite à Trotsky au Mexique en 1939, James fut encore plus convaincu de l’importance de refonder l’internationalisme afin de renverser l’impérialisme et le racisme. Bloqué aux États-Unis de 1938 à 1953 en raison de la guerre, James y créa son propre courant idéologique (connu sous le pseudonyme de Johnson-Forrest), qui participa à des débats avec des groupes socialistes, trotskistes et Afro-Américains ».

George Padmore

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