L’histoire du progrès humain montre que lorsqu’une intelligentsia s’éveille et émerge d’un peuple assujetti, elle devient l’avant-garde de la lutte contre l’occupation étrangère. Il existe un lien de causalité entre cette observation et le fait que les puissances impérialistes ne font pas le nécessaire pour que l’éducation se développe normalement dans leurs colonies. Très tôt dans ma carrière, j’ai découvert ce lien, et c’est l’une des principales raisons pour lesquelles j’ai enseigné pendant un certain temps (By; Kwame Nkrumah).
Le désir ardent d’apprendre, tant chez les enfants que chez les adultes, n’était guère encouragé par les puissances colonisatrices, et l’un des pires héritages de l’ère coloniale fut le manque de techniciens et d’administrateurs Noirs/Africains compétents. La question de l’éducation était au cœur de mes préoccupations et de celles des membres de mon parti lorsque nous nous sommes réunis après notre prise de fonction sous le régime colonial. Le fait que la plupart de mes collègues, comme moi, aient fait des études en sciences de l’éducation prouve qu’ils croient que l’éducation est la clé de notre libération et de notre développement. « Jusqu’à présent, notre modèle éducatif au Ghana s’est aligné sur les exigences des commissions d’examen britanniques. Surtout, il a été conçu et mis en œuvre par une administration étrangère désireuse de partager avec nous ses idées, ses réflexions et sa façon de penser ».
On nous a formés à être de piètres copies (anglaises, françaises, arabes et espagnoles), des caricatures dont on se moquait, avec nos prétentions bourgeoises (britanniques, françaises, arabes et espagnoles), nos fautes de grammaire et nos critères déformés qui nous trahissent sans cesse. Nous n’étions ni chair ni poisson. On nous a privés de la connaissance de notre passé Noir/Africain et on nous a dit que nous n’avions aucun talent. Quel avenir pouvait-il y avoir pour nous ? « On nous a appris à considérer notre culture et nos traditions comme barbares et primitives. Nos manuels scolaires étaient des manuels (anglais, français, arabes et espagnols) qui nous enseignaient l’histoire, la géographie, le mode de vie, les coutumes, les idées et le climat (anglais, français, arabe et espagnol) ».
Beaucoup de ces manuels n’ont pas été mis à jour depuis 1895. Leur mise à jour est nécessaire, et la tâche est colossale. Commander des manuels est déjà complexe, et il faudra beaucoup de temps pour obtenir des ouvrages nouveaux, à caractère Noir/Africain. « Nous agissons ainsi car il est essentiel de nous nourrir de notre propre culture et de notre histoire pour développer une identité Noire/Africaine qui jettera les bases éducatives et intellectuelles de notre avenir panafricain! (By; Kwame Nkrumah, L’Afrique doit s’unir, p. 63-65 ; 69-70) ».

