Le désir manifeste de quitter la CPI, exprimé par les dirigeants des pays Africains, n’a pas plu à Kofi Annan, ancien Secrétaire général de l’ONU. Dans une sortie maladroite, il a fait la une des journaux en déclarant que quitter la CPI serait une honte pour l’Afrique. Cette déclaration n’étonnera personne qui le connaît. Pour ceux qui ne connaissent pas M. Annan, nous republions ici un texte de Thierry Meyssan, initialement publié en mars 2012 sur le Réseau Voltaire, quelques jours après la nomination de M. Annan comme médiateur dans la crise syrienne. « Ne vous y trompez pas, un processus irréversible d’éveil s’installe progressivement au sein des populations Noires/Africaines : Kofi Annan ne pourra l’arrêter. L’Afrique connaîtra un avenir meilleur que prévu. Cette Afrique de demain ne se construira pas avec des espèces menacées comme celle-ci. Si le bilan de Kofi Annan à l’ONU est indéniablement une réussite en matière de gestion, d’administration et d’efficacité, il est en revanche extrêmement critiqué sur le plan politique ».
En tant que Secrétaire général, il a œuvré à adapter l’Organisation au monde unipolaire et à la mondialisation de l’hégémonie Américaine. Il a remis en question les fondements idéologiques de l’ONU et l’a privée de sa capacité à prévenir les conflits. Pourtant, il est aujourd’hui chargé de résoudre la crise syrienne. L’ancien secrétaire général des Nations Unies et lauréat du prix Nobel de la paix, Kofi Annan, a été nommé envoyé spécial conjoint de Ban Ki-moon et Nabil El Arabi pour négocier une solution pacifique à la crise syrienne. Cet homme possède une expérience extraordinaire et une image publique très positive, si bien que cette nomination a été bien accueillie. Mais que représente donc ce haut responsable international ? Qui l’a propulsé au sommet de la hiérarchie ?? Quels ont été ses choix politiques et quels sont ses engagements actuels ?? Face à toutes ces questions, la discrétion est de mise, comme si son titre était une garantie de neutralité.
Sélectionné et formé par la Fondation Ford et la CIA : ses anciens collègues louent sa perspicacité, son intelligence et sa subtilité. Figure charismatique, il a marqué les esprits, agissant non seulement comme « Secrétaire général de l’ONU », mais surtout comme son « Général », prenant des initiatives qui ont revitalisé une organisation engluée dans la bureaucratie. Tout cela est bien connu et souvent ressassé. Ses qualités professionnelles exceptionnelles lui ont valu le prix Nobel de la paix, même si cette distinction devrait, en théorie, récompenser un engagement politique personnel plutôt qu’une carrière de gestionnaire.
Kofi et sa sœur jumelle, Efua Atta, sont nés le 8 avril 1938 dans une famille aristocratique de la colonie britannique de la Côte-de-l’Or. Leur père était chef de la tribu Fante et gouverneur élu de la province Ashanti. Bien qu’opposé à la domination britannique, il était un serviteur loyal de la Couronne. Avec d’autres personnalités, il participa aux débuts du mouvement de décolonisation, mais considérait l’agitation révolutionnaire de Kwame Nkrumah avec suspicion et inquiétude. Néanmoins, les efforts de Nkrumah aboutirent à l’indépendance du pays, devenu le Ghana, en 1957. Kofi avait alors 19 ans. Bien qu’il n’ait pas participé à la révolution, il devint vice-président de la toute nouvelle association nationale étudiante. Remarqué par un chasseur de têtes de la Fondation Ford, il fut intégré à un programme de « Jeunes leaders ». Dans le cadre de ce programme, il fut encouragé à suivre un cours d’été à l’Université Harvard. Impressionnée par son intérêt pour les États-Unis, la Fondation Ford lui proposa des études supérieures, d’abord en économie au Macalester College dans le Minnesota, puis en relations internationales à l’Institut de hautes études internationales et du développement à Genève.
La Fondation Ford, créée par le célèbre industriel Henry Ford, devint, après la Seconde Guerre mondiale, un instrument officieux de la politique étrangère américaine, offrant une façade respectable aux activités de la CIA. Le séjour d’études de Kofi Annan aux États-Unis (1959-1961) coïncida avec les moments les plus difficiles de la lutte pour les droits civiques des Noirs (le début de la campagne de Martin Luther King Jr. à Birmingham). Il y voyait un prolongement de la décolonisation qu’il avait vécue au Ghana, sans toutefois y participer pleinement. Satisfaits de ses réussites universitaires et de sa retenue politique, ses mentors américains lui ouvrirent des portes à l’Organisation mondiale de la Santé, où il obtint son premier emploi. Après trois ans au siège de Genève, il fut recruté par la Commission économique pour l’Afrique, basée à Addis-Abeba. Cependant, ses qualifications étant insuffisantes pour lui permettre d’aspirer à une carrière de gestionnaire à l’ONU, il retourna aux États-Unis pour étudier la gestion au Massachusetts Institute of Technology (MIT) (1971-1972). Il tenta de retourner dans son pays d’origine en tant que directeur du développement touristique, mais se trouva en conflit permanent avec le gouvernement militaire du général Acheampong ; il renonça donc et retourna aux Nations Unies en 1976.
Une brillante carrière malgré des épreuves tragiques : il a occupé divers postes, d’abord au sein de la FUNI II (force de maintien de la paix créée pour séparer l’Égypte et Israël à la fin de la guerre d’Octobre 1973), puis comme directeur du personnel du HCR. C’est à cette époque qu’il rencontra Nane Lagergren, qu’il épousa en secondes noces. Cette avocate suédoise était la nièce de Raoul Wallenberg, représentant spécial de la Suède en Hongrie pendant la Seconde Guerre mondiale. Wallenberg est célèbre pour avoir sauvé des centaines de Juifs persécutés en leur délivrant des passeports de complaisance. Il travailla également pour l’OSS (ancêtre de la CIA) comme agent de liaison entre les États-Unis et la Résistance hongroise. Il disparut à la fin de la guerre; on pense qu’il fut fait prisonnier par les Soviétiques pour freiner l’influence Américaine dans le pays.
Quoi qu’il en soit, le mariage heureux de Kofi Annan lui ouvrit des portes qui lui seraient restées fermées auparavant, notamment au sein des organisations juives. Le Secrétaire général Javier Pérez de Cuéllar le choisit comme adjoint chargé des ressources humaines et responsable de la sécurité du personnel des Nations Unies (1987-1990). Lors de l’annexion du Koweït par l’Irak, 900 employés de l’ONU furent pris au piège. Kofi Annan négocia avec succès leur libération auprès de Saddam Hussein, ce qui lui valut un prestige considérable au sein de l’Organisation. Il fut ensuite nommé ministre du Budget (1990-1992), puis, sous Boutros Boutros-Ghali, ministre des Opérations de maintien de la paix (1993-1996), avec un bref passage comme envoyé spécial en Yougoslavie.
Selon le général canadien Roméo Dallaire, commandant des forces de maintien de la paix de l’ONU au Rwanda, Kofi Annan est resté sourd à ses nombreux appels et a porté la responsabilité principale de l’inaction des Nations Unies pendant le génocide (800 000 morts, principalement des Tutsis, mais aussi des opposants hutus). Un scénario similaire s’est produit en Bosnie, où 400 Casques bleus ont été pris en otage par les forces serbes de Bosnie. Kofi Annan est resté insensible aux supplications du général Bernard Janvier et a laissé se produire les massacres prévisibles. Fin 1996, les États-Unis se sont opposés à la reconduction de l’Égyptien francophile Boutros Boutros-Ghali au poste de secrétaire général. Ils sont parvenus à imposer leur propre candidat : un haut responsable international issu de l’Organisation elle-même, Kofi Annan. Loin de lui nuire, ses échecs au Rwanda et en Bosnie sont devenus des atouts après qu’il les a reconnus publiquement et promis de réformer le système pour éviter qu’ils ne se reproduisent. Il a été élu sur cette base et a pris ses fonctions le 1er janvier 1997.
Le Secrétaire général des Nations Unies : Dès son entrée en fonction, Kofi Annan institua un séminaire annuel de deux jours à huis clos pour une quinzaine d’ambassadeurs auprès de l’ONU. Ce séminaire était généreusement accueilli par le Fonds Rockefeller Brothers au Centre de conférences de Pocantico (au nord de New York). Le Secrétaire général y discutait de la réforme de l’Organisation et des relations internationales avec les représentants des États qui le soutenaient, en dehors des organes de l’ONU. Dans ce contexte, il réorienta les dépenses de l’ONU en fonction des priorités politiques et réduisit considérablement le budget du Secrétariat. Il réorganisa les opérations administratives autour de quatre objectifs : la paix et la sécurité, le développement, les affaires économiques et sociales, et les affaires humanitaires.
Il créa le poste de Secrétaire général adjoint pour l’assister et mit en place un cabinet pleinement opérationnel, capable d’appliquer rapidement les décisions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale.» La principale initiative de Kofi Annan fut le Pacte mondial, une mobilisation de la société civile pour un monde meilleur. Fondé sur un dialogue volontaire, il permettait aux entreprises, aux syndicats et aux ONG de discuter et de s’engager à respecter les droits humains, les normes du travail et l’environnement. Dans les faits, le Pacte mondial n’eut pas l’impact escompté. Au contraire, il pervertit profondément l’ONU, diminuant le pouvoir des États-nations et reconnaissant celui des sociétés transnationales et des associations « Non gouvernementales » de nom seulement, secrètement subventionnées par les grandes puissances.
En faisant des lobbyistes des partenaires des États-nations, Kofi Annan a enterré l’esprit de la Charte de San Francisco. L’objectif n’était plus de protéger l’humanité du fléau de la guerre en reconnaissant l’égalité des États, grands et petits, devant la loi, mais d’améliorer la condition humaine en alignant les intérêts privés. Le Pacte mondial représente un glissement d’une logique quasi universellement acceptée – selon laquelle le droit international sert le bien commun – vers une logique défendue uniquement par les Anglo-Saxons, pour qui le bien commun est une chimère, tandis que la bonne gouvernance consiste à fédérer le plus grand nombre possible d’intérêts particuliers. En fin de compte, le Pacte mondial a eu le même effet que les galas de charité aux États-Unis : flatter les consciences avec quelques programmes prestigieux pour masquer les injustices structurelles.
En ce sens, les mandats de Kofi Annan (1997-2006) reflètent la réalité de la période historique : un monde unipolaire voué à la mondialisation de l’hégémonie américaine, au détriment des États-nations et des peuples qu’ils représentent. Cette stratégie s’inscrit dans la continuité du système mis en place par Washington dans les années 1980 avec la Fondation nationale pour la démocratie (NED), une agence qui, contrairement à ce que son nom suggère, vise à poursuivre l’œuvre subversive de la CIA en manipulant les processus démocratiques. La NED subventionne, légalement ou illégalement, des organisations patronales, des syndicats et des associations de toutes sortes. En contrepartie, tous participent au Pacte mondial et influencent ainsi les positions des États-nations qui n’ont pas les moyens de financer leurs propres activités de lobbying.
L’ONU ne se préoccupe plus de la paix, car le monde unipolaire a son gendarme, les États-Unis, mais elle absorbe toutes les formes de protestation pour mieux légitimer le désordre mondial et la mondialisation progressive de l’hégémonie américaine. La rhétorique apaisante de Kofi Annan a atteint son apogée lors du Sommet du Millénaire. 147 chefs d’État et de gouvernement se sont engagés à éradiquer la pauvreté et à résoudre les principaux problèmes de santé mondiaux, dont le sida, en quinze ans. Le bonheur universel ne nécessiterait aucune réforme politique, seulement la contribution de chacun. Pourquoi personne n’y a-t-il pensé plus tôt ?? Hélas ! Les Objectifs du Millénaire pour le développement sont restés de simples vœux pieux; les injustices persistent et continuent d’alimenter la guerre et la misère. Dans le même esprit, lors de son discours à l’Assemblée générale le 20 septembre 1999, le Secrétaire général a exposé ce que l’on appelle la « Doctrine Annan ».
Soutenant que les États étaient impuissants au Rwanda et en Bosnie, il affirma que, dans ces cas, ils avaient manqué à leur devoir de protéger leurs citoyens. Il conclut que la souveraineté des États, principe fondamental de la Charte des Nations Unies, constituait un obstacle aux droits de l’homme. Ce point de vue fut adopté sous le nom de « Responsabilité de protéger » par l’Union africaine, puis par l’ONU en 2005, lors du Sommet mondial chargé de donner suite au Sommet du Millénaire. La doctrine Annan découle du devoir d’intervention invoqué par les Britanniques pour mener la guerre contre l’Empire ottoman et repris par Bernard Kouchner. Ce concept actualisé fut explicitement utilisé pour la première fois en 2011 afin de légitimer l’intervention coloniale en Libye. Par ailleurs, le mandat de Kofi Annan a été marqué par le programme « Pétrole contre nourriture », conçu par le Conseil de sécurité en 1991 mais opérationnel seulement de 1996 à 2003. Son objectif initial était de garantir que les revenus pétroliers de l’Irak seraient utilisés exclusivement pour répondre aux besoins du peuple irakien et non pour financer de nouvelles entreprises militaires.
Cependant, dans le contexte de l’embargo international et sous la supervision personnelle de Kofi Annan, ce programme est devenu un instrument permettant aux États-Unis et au Royaume-Uni d’asphyxier l’Irak pendant qu’ils occupaient la « Zone d’exclusion aérienne » (correspondant approximativement au Kurdistan irakien actuel), jusqu’à leur attaque et sa destruction. Pendant des années, la population a souffert de malnutrition et de pénurie de médicaments. Plusieurs hauts responsables internationaux chargés de ce programme l’ont qualifié de « Crime de guerre » et ont démissionné après avoir refusé de l’appliquer. Parmi eux, le Secrétaire général adjoint Hans von Sponeck et le Coordonnateur spécial Denis Halliday ont estimé que ce programme avait entraîné le génocide de 1,5 million d’Irakiens, dont au moins 500 000 enfants. Il a fallu l’invasion et la destruction de l’Irak pour que Kofi Annan se rebelle et dénonce le comportement de ceux qui avaient financé ses études, l’avaient propulsé au poste de Secrétaire général de l’ONU et lui avaient décerné le prix Nobel de la paix. Il a qualifié l’attaque contre l’Irak d’illégale et a publiquement exprimé son inquiétude quant au fait que ce précédent puisse porter atteinte au droit international.
Washington riposta brutalement en lançant une vaste opération d’espionnage contre lui, les membres de son cabinet, sa famille et ses amis. Finalement, Kojo Annan, le fils de Kofi, fut accusé de détournement de fonds du programme « Pétrole contre nourriture » avec la bénédiction de son père. Techniquement, cela était impossible sans la complicité des États-Unis et du Royaume-Uni. L’accusation ne parvint donc pas à convaincre les États membres de l’ONU et, au contraire, renforça l’autorité du Secrétaire général. Cependant, durant les deux dernières années de son mandat, Kofi Annan fut paralysé et contraint de se soumettre.
Retour au département : Après dix ans à la tête de l’ONU, Kofi Annan a poursuivi sa carrière au sein de diverses fondations, plus ou moins privées. En décembre 2007, les élections kényanes ont sombré dans le chaos. Le président Mwai Kibaki aurait remporté l’élection face au candidat soutenu par Washington, Raila Odinga, qui se prétendait cousin du sénateur Barack Obama. Le sénateur John McCain a contesté le scrutin et a appelé à la révolution, tandis que des SMS anonymes attisaient les tensions ethniques. En quelques jours, les émeutes ont fait plus de 1 000 morts et 300 000 déplacés. Madeleine Albright a proposé une médiation du Centre d’Oslo pour la paix et les droits de l’homme. Cet institut a dépêché deux médiateurs : l’ancien Premier ministre norvégien Kjell Magne Bondevik et l’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, tous deux administrateurs du Centre.
Suite à cette « Médiation », le président Kibaki fut contraint de se plier aux exigences américaines. Il put se maintenir au pouvoir, mais dut d’abord accepter une réforme constitutionnelle le dépouillant de ses pouvoirs au profit de son Premier ministre, puis les États-Unis durent accepter Raila Odinga comme Premier ministre. Jouant le rôle d’un homme d’État expérimenté, Kofi Annan contribua à donner une apparence de légalité à un changement de régime imposé par Washington. Kofi Annan occupe actuellement deux fonctions principales. Il préside notamment le Panel pour le progrès de l’Afrique, une organisation créée par Tony Blair après le sommet du G8 de Gleneagles afin de promouvoir les actions du Département britannique pour le développement international (DFID). Malheureusement, les promesses du G8 n’ayant pas été tenues, pas plus que celles du Sommet du Millénaire, l’activité du Panel pour le progrès de l’Afrique est limitée.
Il préside également l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA), qui prétend résoudre les problèmes alimentaires du continent grâce aux biotechnologies. En réalité, l’AGRA est un groupe de pression financé par les fondations Bill Gates et Rockefeller pour promouvoir les OGM produits par Monsanto, DuPont, Dow, Syngenta et d’autres. La plupart des experts indépendants de ces multinationales s’accordent à dire qu’au-delà du choc environnemental, l’utilisation d’OGM non reproductibles rend les agriculteurs dépendants de leurs fournisseurs et instaure une nouvelle forme d’exploitation humaine. Cependant, le double discours de Kofi Annan – se disant satisfait de sa rencontre avec le président al-Assad à Damas et déçu à Genève – n’a pas dissipé les doutes quant à ses véritables intentions. « La Fondation Ford, façade philanthropique de la CIA, et pourquoi la Fondation Ford subventionne les manifestations », par Paul Labarique, Réseau Voltaire, 5 et 19 avril 2004
Kofi Annan en Syrie : Que fait cet ancien haut fonctionnaire international en Syrie ?? Premièrement, sa nomination révèle que Ban Ki-moon, dont l’image est ternie par sa soumission aux États-Unis et par des scandales de corruption persistants, ne pouvait assumer ce rôle. Kofi Annan, en revanche, jouit d’une image positive malgré son passé. Deuxièmement, un médiateur n’a de chance de réussir que s’il est choisi par les parties. Or, ce n’est pas le cas ici. Il représente le Secrétaire général de l’ONU et son homologue de la Ligue arabe. Il défend l’honneur et la réputation de ces institutions sans aucune instruction politique particulière. Si la nomination de M. Annan a été de facto approuvée par les membres du Conseil de sécurité et ceux de la Ligue arabe, c’est parce qu’elle répond à des attentes contradictoires. Pour certains, l’envoyé spécial conjoint ne devrait pas rechercher la paix, mais plutôt maquiller une paix déjà négociée entre les grandes puissances afin que chacun puisse sauver les apparences. Pour d’autres, il pourrait au contraire réitérer le succès kényan et parvenir à un changement de régime sans nouvelles violences. Ces trois dernières semaines, Kofi Annan s’est contenté de présenter comme le sien une version amendée du plan élaboré par le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Ce faisant, il rend ce plan acceptable pour Washington et ses alliés.
Par ailleurs, M. Annan a délibérément semé la confusion en laissant entendre qu’il avait convaincu le président Assad de nommer l’un de ses vice-présidents, Farouk al-Chara, pour négocier avec l’opposition. Cette nomination a été présentée comme une concession syrienne au Conseil de coopération du Golfe. En réalité, le vice-président al-Chara est en charge de ces négociations depuis un an, et les exigences de l’Arabie saoudite et du Qatar sont tout autres : la démission du président Assad, car il est alaouite, et le transfert du pouvoir à ce vice-président, car il est sunnite. Il apparaît donc que l’envoyé spécial conjoint élabore une stratégie de sortie pour les États qui ont attaqué la Syrie et fabriqué de toutes pièces le récit d’une révolution démocratique brutalement réprimée.


