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Devoir de Mémoire – Du pannégrisme à l’Unité Africaine, une histoire des panafricanismes; une autre question concerne les limites du panafricanisme : Réduisent-ils réduits à la couleur de la peau (Noirs) ou à la géographie (continent Africain) ? Dans le premier cas, les limites du panafricanisme excluent l’Afrique du Nord dite Blanche dans le second, ils écartent des dizaines de millions d’Africains de la diaspora; (Si la couleur de la peau est conservée, est-elle constitutive de l’unité culturelle des peuples Noirs/Africains ?? Si la géographie est privilégiée, quel est le projet d’unité politique territoriale ??); « La complémentarité des alternatives découle de la distinction entre pan-anévrisme et panafricanisme »

Le pan-négrisme fait référence à la solidarité raciale et à la revalorisation culturelle de l’Afrique et de la race Noire, telles qu’elles s’expriment dans les premiers récits d’esclaves, dans les œuvres des premiers théoriciens des cultures Noires, comme Edward Blyden et W.E.B. Du Bois, ainsi que dans les mouvements culturels de la Renaissance de Harlem des années 1920 et de la Négritude des années 1930. En mettant particulièrement l’accent sur la conscience raciale issue de l’esclavage et de l’oppression des Noirs/Africains, Le pan-négrisme a dominé la première phase du panafricanisme, qui s’étend du XVIIIe siècle aux années 1930 et qui a vu fleurir des projets de retour, notamment en Afrique. Progressivement, le panafricanisme s’est distingué du pan-négrisme en transformant la conscience raciale en un projet politique et géographique visant à la libération du joug colonial.

Ce tournant idéologique s’est opéré avec l’émergence de nouveaux groupes sociaux et militants Noirs/Africains, notamment autour des congrès panafricains organisés par l’historien Afro-Américain W.E.B. Du Bois ou dans le cadre des manifestations initiées à Harlem par le Jamaïcain Marcus Garvey. Ce dernier mouvement a vu le jour à une période marquée par l’essor de nouvelles dynamiques intellectuelles, politiques et sociales : le communisme, l’internationalisme et le nationalisme africain. Au contact de ces courants, avec lesquels il allait continuer d’interagir, le panafricanisme s’est enrichi, hybridé et diversifié. Après la Seconde Guerre mondiale, le mouvement panafricain, dans toute sa diversité, a joué un rôle décisif dans l’ébranlement des fondements de l’ordre colonial. Pays pionnier, le Ghana de Kwame Nkrumah incarne, dans une seconde phase (« L’Afrique aux Africains ! »), la quête d’indépendance et d’unité du continent.

Alors que la stratégie de prise du pouvoir par les Africains et pour les Africains s’accompagne d’une remise en question de l’unité culturelle, politique et économique de l’Afrique, des crises et des guerres éclatent en Algérie, au Kongo et dans les colonies portugaises. La décolonisation donne progressivement naissance à une cinquantaine d’États, confrontés, plus ou moins, aux mêmes défis. Comment organiser le nouvel État ? Que faire des frontières héritées du colonialisme ?? Quelles relations entretenir avec les anciennes puissances coloniales ?? Pour répondre à ces questions, certains dirigeants Noirs/Africains proposent d’agir de concert, de mutualiser les efforts et de créer de nouvelles solidarités continentales. Le besoin d’unité semble d’autant plus urgent que l’Afrique devient un théâtre d’affrontements périphériques de la Guerre froide et que les anciennes puissances coloniales mettent en place un système qui, malgré l’indépendance politique, leur permet de conserver un contrôle partiel sur nombre de leurs anciennes colonies.

Mais l’Union Africaine reste à définir. Seul chef d’État favorable à la création d’un État fédéral doté d’un gouvernement continental calqué sur celui des États-Unis d’Amérique, Nkrumah dut revoir ses ambitions à la baisse lorsque ses homologues décidèrent de fonder l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en mai 1963. Loin de donner naissance aux États-Unis d’Afrique rêvés par le dirigeant ghanéen, l’OUA, simple instance de coopération intergouvernementale, apparut aux yeux de ses détracteurs comme une (Union de chefs d’État).

La décolonisation de l’Afrique et le retour effectif du panafricanisme sur le continent Africain ont cependant bouleversé la diaspora, qui luttait simultanément pour la reconnaissance de ses droits. Les Noirs des Amériques se considéraient depuis longtemps comme l’avant-garde de la libération du continent et étaient convaincus que l’Afrique avait besoin d’eux. Avec l’émergence des États nouvellement indépendants, ils voyaient en l’Afrique le socle de leur lutte pour l’égalité, tant aux Amériques qu’ailleurs dans le monde. Ainsi, à partir des années 1960, une synthèse combinant les traditions panafricaines et pan-nègres a démontré que l’espace de circulation des idées et le réseau mondial de militants œuvrant à l’amélioration des conditions de vie des peuples d’Afrique et de la diaspora n’avaient jamais cessé de fonctionner. Les succès du mouvement des droits civiques aux États-Unis, l’effondrement de l’empire portugais et la chute du régime d’apartheid en Afrique du Sud ont tous été perçus comme des victoires remportées grâce à la solidarité panafricaine. Mais le continent a dû faire face à de nouveaux revers au même moment.

Les crises économiques et les conflits armés ont brisé le rêve d’un panafricanisme prospère et unificateur. L’unité qui avait permis la formation d’un front commun contre le colonialisme s’est effondrée. Malgré la multiplication des organisations continentales et sous-régionales censées rapprocher les États, les conflits armés se sont multipliés, accompagnés d’une fuite des cerveaux, et les élites politiques africaines, prises dans la logique du néolibéralisme, semblent de plus en plus dépassées. Après avoir subi les ravages de l’esclavage colonial et capitaliste, puis les diktats des institutions financières internationales (IFI) qui axaient leur discours sur la bonne gouvernance et imposaient le Consensus de Washington pour contraindre les États du Sud à rembourser leurs dettes, l’Afrique se trouve dans une situation paradoxale. Est-elle en train de sortir de l’abîme, ou est-elle sur le point d’y replonger ??

Portée par son dynamisme démographique et sa forte croissance économique, elle est de plus en plus présentée comme le prochain continent émergent. Pourtant, les conditions de vie des populations Noires/Africaines, qui bénéficient peu des indicateurs macroéconomiques positifs, sont parfois pires qu’en 1960. Pour remédier à ces disparités, qui menacent de fragmenter le continent en une multitude d’îlots de prospérité perdus dans un océan de misère et d’exploitation, un projet comme l’unité continentale est trop rarement pris au sérieux, alors même qu’il n’a jamais eu l’occasion d’être concrètement mis en œuvre.

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