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Devoir de Mémoire – Il était une fois l’authenticité les présidents Tombalbaye, Mobutu et Bokassa annonçaient le recours à l’authenticité, une série de mesures pour se détacher de tout ce qui pouvait rappeler l’Occident et sa domination : L’authenticité au Tchad est une campagne linguistique et sociale similaire de la Zaïrianisation, et initiée par François Tombalbaye dès sa réélection en juin 1969, (les prénoms Blancs/Occidentaux sont remplacés par des prénoms Noirs/Africains ou Tchadiens, Tombalbaye lui-même passant de François à Ngarta, Fort-Lamy et Fort-Archambault devenant respectivement N’Djamena et Sarh); « Abacost est promulgué; des mesures similaires ont été prises au Tchad à travers Tchaditude » … (VIDÉO)

Le 20 juillet 1973, le président Mobutu a promulgué la loi relative aux noms des personnes. Cette loi s’inscrivait dans la politique de recours à l’authenticité prônée par le président Mobutu dans les années 1970. Pour Mobutu, les Zaïrois avaient perdu leurs valeurs ancestrales, et il était impératif qu’ils retrouvent leur identité et leurs valeurs traditionnelles Africaines. C’était l’année des trois Z, au cours de laquelle il a rebaptisé le pays, le fleuve et la monnaie en Zaïre. Il a également obligé tous ses concitoyens à adopter des prénoms Africains, supprimant les prénoms Chrétiens/Occidentaux, et ajoutant un nom de famille. « Cette loi est entrée en vigueur rétroactivement le 16 février 1972. L’article 58 de cette loi stipulait que les noms devaient être tirés du patrimoine culturel Zaïrois. Ils ne pouvaient en aucun cas être contraires aux bonnes mœurs ni avoir un caractère offensant, humiliant ou provocateur ».

Le président Mobutu lui-même a donné l’exemple, abandonnant son nom de Joseph-Désiré Mobutu pour se faire appeler Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Zabanga. Et pour donner le ton, plusieurs membres du gouvernement et d’autres responsables ont immédiatement annoncé qu’ils avaient eux aussi changé de nom :

  • Pierre André Kanyinda (Ministre de l’Agriculture) devenu Kanyinda Onsi Ndal;
  • Jean-Baptiste Alves (Ministre du Commerce) devenu Lanza Gatanga;
  • Léon Lobitsh (Procureur Général de la République) devenu Kengo wa Dondo;
  • Mario Cardoso est devenu Losembe Batwanyele;
  • Thomas Lwango est devenu Lwango Kashamvu Kalwango Birhwalina;
  • Pierre Mushete est devenu Mushiete Mahamwe Mpale.

Mobutu annonce alors une série de mesures pour se démarquer de tout ce qui pourrait rappeler l’Occident et sa domination; c’était une question de dignité, une question de respect de ses origines. Chaque peuple doit respecter ses origines; nous devons surmonter nos complexes à ce sujet.

Le président Ngarta Tombalbaye fut assassiné dans des circonstances mystérieuses lors du coup d’État d’avril 1975 qui porta Félix Malloum au pouvoir au Tchad. Le soir du coup d’État, il fit appeler un griot (conteur/barde traditionnel) et lui demanda de réciter son oraison funèbre. Un riche ami sénégalais, très proche de lui, pressentant le danger, lui offrit refuge dans un hôtel tchadien, mais Tombalbaye, qui avait déclaré quelque temps auparavant dans un discours qu’il porterait sa croix comme le Christ, déclina l’offre de son ami, affirmant avoir une grande confiance en ses pouvoirs mystiques et dans les forces occultes des fétiches protecteurs des peuples Africains.

Tombalbaye, l’homme au visage balafré, au bonnet en peau de léopard et à l’idéologie de la « Tchadianité » (1918-1975). Voici ce que beaucoup de Tchadiens et d’Africains retiennent de François Tombalbaye, père de l’indépendance et premier président de la République du Tchad :

En 1947, il participe à la fondation du Parti progressiste tchadien (PPT), section locale du Rassemblement démocratique Africain (RDA), et devient peu après président de l’union des syndicats autonomes du Tchad. En 1959, il est nommé Premier ministre. C’est à ce titre qu’il conduit le Tchad à l’indépendance le 11 août 1960. Élu président de la République en 1962, François Tombalbaye proclame le Parti progressiste tchadien (PPT) parti unique et cumule progressivement les fonctions de président de la République et de chef du gouvernement. Après 1966, il dirigea personnellement plusieurs ministères d’État. Devenu la cible de complots et de conspirations, il sombra dans la paranoïa, se méfiant même de ses propres amis. Il multiplia les arrestations, recourant à la torture et aux assassinats pour neutraliser tous ceux qu’il soupçonnait de menacer son pouvoir. Face aux mouvements de rébellion, il fit appel à la France pour les réprimer. En 1971, la France cessa officiellement son intervention au Tchad. Cela marqua le début de la dégradation des relations avec la France.

Après avoir déjoué une tentative de coup d’État en 1971, François Tombalbaye lança sa première révolution culturelle en juillet 1972, qu’il appela « Tchaditude ». Cette idéologie ressemblait fortement à l’« Authenticité » initiée au Zaïre/Kongo par Mobutu, un lien qui s’explique par le fait que le Zaïre/Kongo servait de terrain d’entraînement aux commandos Tchadiens destinés à combattre les rebelles du Nord. La Tchaditude prônait un retour à l’authenticité Noire/Africaine. « En 1973, le président François Tombalbaye abandonna définitivement le costume-cravate traditionnel pour une casquette en peau de léopard, un Abacost (un vêtement Africain) taillé sur mesure et une écharpe soigneusement choisie assortie à une pochette. Il prôna le remplacement des prénoms à consonance occidentale par des prénoms d’origine Africaine, changeant lui-même son nom de François en N’garta, qui signifie « Le véritable chef ». Il modifia également les noms de lieux. Fort-Lamy et Fort-Archambault devinrent respectivement N’Djamena et Sarth, la radio nationale devint la Voix des Ancêtres, et le Parti progressiste tchadien se transforma en Mouvement national pour la révolution culturelle et sociale ».

Ce dernier fut investi du rôle de creuset de l’humanisme tchadien. Il exalta la tchadienneté, une théorie qui, selon lui, précédait le christianisme et l’islam. Cette théorie prône un retour à l’authenticité, la restauration des chefferies traditionnelles et la valorisation du rite d’initiation traditionnel : le Yondo, un rituel particulièrement difficile et éprouvant. Les nombreuses cicatrices qui sillonnent le visage de l’actuel N’garta Tombalbaye témoignent de la rigueur de ce rite. Selon N’garta Tombalbaye, ce rite vise à assurer l’intégration et la socialisation des jeunes dans le contexte tchadien.


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