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Devoir de Mémoire – Le Congrès panafricain de 1919 à Paris : W.E.B. Du Bois poursuivit ses efforts pour organiser une conférence capable d’influencer les décisions des grandes puissances réunies à la Conférence de la Paix. À cette fin, il chercha à constituer un large comité de soutien et souhaitait inscrire le congrès dans la durée. (Du Bois contacta le célèbre journaliste américain Walter Lippmann, membre de la délégation Américaine à la conférence de Paris, et le député Noir/Français Blaise Diagne, récemment réélu dans sa circonscription au Sénégal); « Malgré les désaccords qui surgirent entre les deux hommes, notamment sur les orientations politiques et économiques à donner au congrès; Du Bois savait qu’il avait besoin de Diagne, qui bénéficiait de l’écoute du Premier ministre français, Georges Clemenceau »

Multipliant ses contacts, il obtint le soutien de la Société pour la protection des Aborigènes en Angleterre, de l’American Peace Society, du Bureau international pour la protection des Aborigènes, de l’Institut géographique international de Bruxelles et de la Ligue des droits de l’homme à Paris. Madame Calmann-Lévy, veuve du célèbre éditeur, lui prêta son salon pour des réunions et des entretiens. Il rencontra également Edmund F. Fredericks, un militant originaire de la colonie de Guyane britannique, venu spécialement de Londres pour représenter une association d’Africains et d’Antillais, l’African Progress Union (APU).

Fort de ce soutien multiple, Du Bois annonça que le congrès se tiendrait les 12 et 13 février 1919, date commémorative de la naissance du président Abraham Lincoln. Mais les services Franco-Américains, craignant la présence d’individus contestataires et redoutant que ce rassemblement ne soit l’occasion de discours incendiaires, étaient sur le qui-vive. Clemenceau demanda à Diagne si le but du congrès était de donner libre cours aux frustrations des troupes Noires/Africaines. « Malgré la réponse rassurante de Diagne, le président du Conseil a laissé entendre qu’il n’avait pas donné son autorisation pour la tenue du congrès et qu’il faisait simplement preuve de tolérance ».

Le sous-secrétaire d’État Américain Frank L. Polk, pour sa part, a précisé que la Maison Blanche désapprouvait le congrès. Face à l’hostilité des autorités officielles et ne disposant que d’un budget modeste (750 livres sterling), Du Bois pouvait se féliciter lorsque le congrès s’ouvrit finalement le 19 février, pour deux jours, en présence d’une cinquantaine de délégués, dans une salle du Grand Hôtel, boulevard des Capucines (le secrétariat était situé à l’Hôtel de Malte, rue Richelieu). Diagne fut élu président du congrès et Du Bois en assura le secrétariat. Venus des États-Unis, d’une demi-douzaine de pays des Caraïbes et de neuf pays Africains, les délégués exigèrent des puissances coloniales un engagement juridique et législatif garantissant les droits des populations Noires/Africaines en matière d’accès à la terre et de contrôle foncier, l’abolition du travail forcé et le droit à l’éducation.

La Société des Nations fut appelée à vérifier la bonne application des engagements pris. Le congrès réclama la mise en place de politiques sociales et d’un programme d’émancipation afin que les populations Noires/Africaines puissent être formées à la gestion de l’État moderne. Cependant, les résolutions adoptées lors de ce congrès ne furent prises au sérieux par aucun dirigeant occidental. En revanche, la presse ouest-africaine souligna que, pour la première fois, des délégués de plusieurs territoires africains différents s’étaient réunis pour discuter de solutions à des problèmes communs. La tâche la plus ardue commença immédiatement après le congrès : donner de la visibilité, de l’audience et de la portée aux résolutions afin de motiver la tenue d’un futur congrès. Du Bois tenta en vain de rencontrer Clemenceau et Wilson.

Cependant, il réussit à se faire entendre par le Premier ministre britannique Lloyd George, qui lui accorda une attention bienveillante. La deuxième tâche, la création d’un secrétariat permanent pour préparer la prochaine réunion, prévue à Paris en 1921, fut accomplie le 12 mars, lors d’une rencontre entre Londres et Paris sur les questions de propriété foncière, d’éducation, de droit au travail, de partage des capitaux et de fin des discriminations. Du Bois annonça la formation d’une nouvelle association panafricaine avec une revue trimestrielle internationale (Black Review), diffusée en français, anglais, espagnol et portugais. Le 29 avril 1919, il présenta ses résolutions à la Bethel Literary Society à Washington.

Parmi les personnes présentes ce soir-là se trouvait Mlle Nannie H. Burroughs, présidente de la National Training School for Women. Future membre du conseil d’administration de la NAACP, elle fut frappée par l’égocentrisme de Du Bois. Deux ans plus tard, en réponse à une lettre de l’écrivain James Weldon Johnson sollicitant des fonds pour le congrès de 1921, elle exprima son scepticisme. Selon elle, Du Bois n’était pas l’homme idéal pour diriger les masses. (Source : Amzat Boukari, Africa Unite : Une histoire du panafricanisme).

W.E.B. Du Bois

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