Le premier objectif était de transformer le minerai de bauxite sur place afin de lancer un programme d’exportation d’aluminium, notamment vers les pays du bloc soviétique. Cependant, les opposants de Nkrumah profitèrent des difficultés économiques et de cette orientation vers un mode de production socialiste pour le critiquer. En exil en Angleterre, son principal opposant, Kofi Busia, se rendit aux États-Unis pour rencontrer le sénateur du Connecticut, Thomas J. Dodd, président d’une commission sénatoriale, et discuter avec lui des moyens d’empêcher le Ghana d’atteindre l’indépendance financière et énergétique.
Le deuxième objectif était d’inciter les multinationales à exporter du minerai de bauxite au Ghana pour le transformer en aluminium à moindre coût grâce à des installations financées par le gouvernement ghanéen, puis à réexporter l’aluminium pour leur propre profit. Le Ghana est ainsi devenu une usine de transformation au service du développement industriel de l’Occident, tandis que ses ressources, identifiées par les entreprises multinationales, restaient inexploitées. Concernant le financement bancaire, il était impensable pour Nkrumah que le Ghana puisse accéder à l’indépendance tout en continuant à financer le système bancaire britannique.
À l’indépendance, Accra a pris le contrôle d’une réserve de 170 millions de livres sterling déposée à Londres. Six ans plus tard, la chute de cette réserve à 73 millions a conduit les Britanniques à accuser Nkrumah de mauvaise gestion. En réalité, Londres souhaitait que le Ghana cesse d’utiliser ses fonds à sa guise et permette aux banques londoniennes de conserver le contrôle, selon un système financier et monétaire similaire à celui que Paris s’apprêtait à mettre en place dans le contexte de l’indépendance imminente de ses colonies Africaines. Pionnier de l’indépendance africaine, Nkrumah avait compris que seule l’unité des pays Africains permettrait de briser le système bancaire et financier international qui les asservissait un à un. Pour mener son peuple à l’indépendance, Nkrumah s’appuya sur un slogan : « Recherchez d’abord le royaume politique. Car, sans indépendance politique, notait-il, aucun de nos projets de développement social et économique ne pourrait être mis en œuvre ». Il constata cependant que cette indépendance politique et juridique accordée par l’ancienne puissance coloniale était sérieusement compromise par un nouveau mécanisme de domination, plus subtil et moins visible que le colonialisme direct, que l’on commença à appeler, à la fin des années 1950, néocolonialisme.
Ce nouveau système, qui permettait aux anciennes puissances coloniales de maintenir leurs anciennes colonies dans un état de dépendance, notamment économique et militaire, est apparu comme une menace pour les pays Africains qui se préparaient, à cette époque, à accéder à l’indépendance politique. Source : Amzat Yabara Boukari. (Seule l’unité Africaine, insistait Nkrumah, permettrait de conjurer cette menace).


