Rappel historique : À plusieurs reprises, Mulele a rencontré les autorités du Kongo-Brazzaville. Le 27 septembre, il a finalement rencontré les Lumumbistes de Brazzaville, mais la décision de retourner à Kinshasa avait déjà été prise par les autorités Kongolaises de Brazzaville, sous la direction de Marien Ngouabi. Justin Bomboko, ministre des Affaires étrangères de Kinshasa, s’est rendu à Brazzaville le 28 septembre pour signer un accord avec les autorités. Bomboko a déclaré : « L’amnistie générale décrétée à Kinshasa par le général Mobutu est valable pour tous. Nous accueillons donc M. Mulele comme un frère. Il travaillera avec nous pour la libération totale de notre pays ». Les Lumumbistes tentèrent en vain de convaincre les autorités de Brazzaville que Mobutu les attirait probablement dans un piège, mais sans succès.
Le retour à Kinshasa : Le 29 septembre à 11 heures, Bomboko organisa une réception sur le bateau présidentiel en présence de Mulele et des autorités de Brazzaville. Dans l’après-midi, Bomboko entreprit la traversée avec Pierre Mulele, Léonie Abo, Joseph Makinda et deux autres partisans : Théodore Kabamba et Zénon Mibamba. À leur arrivée à Kinshasa, Mulele et son épouse passèrent la nuit à la résidence privée de Justin-Marie Bomboko. Au cours des trois jours suivants, des dizaines d’amis de Mulele vinrent le saluer dans la propriété de Bomboko. Leurs noms furent enregistrés par les soldats de garde. Germain Mwefu, un jeune ami de Mulele, lui dit : « Dehors, on entend des rumeurs selon lesquelles ils vont te tuer – la situation est grave, tu dois fuir ».
Mulele répondit : « Je ne suis pas allé à Brazzaville pour finir à Kinshasa. Il y a eu un changement, et c’est ce qui m’a amené ici. Il y a trois choses dans la vie : la naissance, la vie et la mort. J’ai fait tout ce que j’ai pu, j’ai semé de bonnes graines, et elles ne sont pas tombées sur des pierres, mais sur une terre fertile. J’attends maintenant mon dernier jour ». Le 2 octobre à 17 heures, Mulele, sa sœur Thérèse, Abo et Mibamba furent conduits à la prison du camp militaire de Kokolo. Ils y trouvèrent Théodore Bengila, qui leur dit : « Vous aussi, vous êtes venus pour qu’on nous tue tous ensemble ? » Immédiatement, Mulele et Bengila furent enfermés par les soldats. Pendant ce temps, les autres amis de Mulele qui se trouvaient chez Bomboko furent également emmenés à la prison. Ainsi, dix femmes, dont la mère de Mulele, et dix jeunes filles, dont Annie, la fille de Bengila, furent enfermées ensemble dans une grande cellule pendant trois mois, sans savoir ce qu’il était advenu de Mulele et de Bengila.
L’assassinat : Dans ce meurtre, toute la cruauté et la bestialité de la supériorité réelle ou supposée qui a ravagé et détruit la nation Zaïroise s’expriment. Dans la nuit du 2 octobre 1968, les soldats ont commencé à torturer Mulele et Bengila. Mulele a été tué avec une cruauté si brutale qu’elle couvrira à jamais de honte le régime qui a ordonné cette sauvagerie. Alors qu’il était encore en vie, on lui a arraché les oreilles, coupé le nez et crevé les yeux. Ses organes génitaux ont été mutilés. Toujours vivant, on lui a amputé les bras, puis les jambes. Les restes humains ont été jetés dans un sac et précipités dans le fleuve.
Théodore Bengila a été assassiné de la même manière barbare. Pour commettre ce crime bestial, les officiers avaient attendu le 2 octobre, date du retour de Mobutu du Maroc, afin de recevoir ses instructions. Il ne s’agissait nullement d’un acte spontané commis sous le coup de la colère, mais d’un acte de cruauté froidement prémédité : pendant trois jours, Mulele et son épouse avaient séjourné paisiblement chez Justin Bomboko.
Daniel Monguya Mbenge, qui était vice-gouverneur de Bandundu au moment de la rébellion de Mulele, a confirmé ces faits. Monguya se trouvait à Kikwit en 1966. Dans son livre, il écrit : Trois mille personnes ont été assassinées sur ordre du colonel Monzimba au camp militaire, situé près de l’aérodrome, un lieu surnommé par le colonel « L’abattoir de Kikwit ». Dans un cas, des familles entières ont été enterrées vivantes par les soldats. Lorsque, en 1988, Monguya rencontra Abo, il lui dit, la voix tremblante d’émotion : « Madame, dans l’histoire du Kongo, votre mari est une figure immortelle; toute ma vie, je regretterai d’avoir contribué à entraver la réussite de Pierre Mulele ». Cléophas Kamitatu, principal opposant de Mulele au Kwilu, écrit dans son livre « La Grande Mystification du Kongo-Kinshasa » : Loin d’avoir été jugé, Mulele fut exécuté après d’indicibles tortures : ses organes génitaux furent arrachés, ses yeux crevés, ses mains amputées, puis il fut placé dans un sac rempli de pierres et jeté vivant dans le fleuve Kongo. Mulele ne fut jamais jugé à huis clos et fut jeté vivant dans le fleuve Kongo le soir même du retour du président Mobutu.
Sur la photo : Pierre Mulele, tout sourire, arrive à Kinshasa le 29 septembre 1968. Léonie Abo, son épouse aux cheveux tressés, embrasse la mère de Pierre Mulele, tandis que ce dernier n’a d’yeux que pour sa plus jeune fille, Abiba. Joseph Makindua se tient derrière l’ancien rebelle.


