Comment ne pas s’alarmer de cette tragique ironie : des peuples opprimés qui prennent leurs oppresseurs pour modèles et héritent avec ferveur et inconsciemment des aberrations doctrinales que ces derniers leur ont imposées ?? Les colonisateurs sont partis, certes, mais (leurs dieux demeurent, leurs temples, leurs mosquées, leurs synagogues, leurs icônes, leurs dogmes persistent dans nos rues, dans nos maisons, dans nos cœurs). Quand la misère/pauvreté devient chronique, des peuples désespérés se réfugient dans des illusions célestes, dans des cultes où les figures salvatrices portent les traits de leur souverain (un Jésus Blanc aux yeux bleus, un Mahomet blanchi par l’imagination pieuse, et des prières dirigées vers des cieux où aucun ancêtre Noir/Africain ne semble avoir sa place).
L’homme Noir/Africain, dans bien des cas, semble se tourner le dos à lui-même pour mieux s’incliner devant des horizons qui ne sont pas les siens. À force de servir des causes étrangères, il finit par négliger son être intérieur. Ce déni, souvent inconscient, est le symptôme d’une maladie plus profonde. Une fracture intérieure, née d’une dépossession historique et prolongée. Des penseurs ont qualifié cette maladie d’aliénation, ce trouble de l’âme où l’on habite un corps Noir/Africain, mais raisonne, rêve et prie comme un Européen ou un Arabe. Alors que l’enfant d’Europe ou d’Asie grandit dans l’amour de ses racines et la connaissance de ses ancêtres, l’enfant Noir/Africain est souvent contraint d’accepter des histoires venues d’ailleurs, des héros d’autres pays et d’outre-mer, des dieux façonnés à l’image d’autrui. Il en sait plus sur (César, Moïse, Mahomet et Bouddha que sur Chaka, Soundjata, Kimbangu, Kimpavita ou Imhotep). Ce déséquilibre, loin d’être anodin, est le fruit amer d’une longue histoire d’assujettissement (esclavage, colonisation, prosélytisme religieux).
Ainsi, nombreux sont ceux qui rejettent avec embarras le mot « Animisme », préférant embrasser des croyances importées, même lorsque celles-ci ont été des instruments de domination historique. La plus grande tragédie n’est peut-être pas l’imitation, mais la perte de discernement, celle qui nous empêche de reconnaître la richesse de nos propres traditions et de discerner le poison caché dans l’emballage du cadeau. Il existe des tragédies silencieuses dont les peuples sont complices à leur insu. Parmi elles, celle de l’âme Noire/Africaine, qui, aujourd’hui encore, se perd dans l’imitation aveugle de cultures qui, tout en se prétendant civilisées, n’ont pas hésité à ériger l’excès, la décadence et la perversion en modèles de vie. Pourquoi, alors, des peuples autrefois porteurs de valeurs nobles et profondes se complaisent-ils à imiter des comportements qui, ailleurs, ne sont que les symptômes d’une société en perte de repères ?? Est-ce le prix d’une amnésie historique ou le triomphe d’une profonde aliénation ??
Chers frères et sœurs Noirs du continent Africain et d’ailleurs, il est grand temps de jeter un regard lucide sur cette tragédie. Pourquoi l’Afrique Noire est-elle devenue un terreau fertile pour la fraude spirituelle ?? Parce que tant de nos concitoyens ont perdu leur esprit critique, troquant leur discernement contre un appétit insatiable pour les élixirs religieux les plus douteux. Ainsi, le continent est devenu l’eldorado de toutes les impostures sacrées. Car, en vérité, dans cette confusion mentale, tout est possible, tout prospère, même l’absurde. Le plus grand mal n’est pas l’oppression extérieure, mais cette prédisposition à s’offrir en victime consentante à tous les vents de manipulation. Et si la foi peut être un refuge, sans conscience, elle devient une prison. Toutes les religions, philosophies et mouvements spirituels des quatre coins du monde semblent trouver en Afrique un terrain d’accueil d’une rare docilité.
Ce continent, au nom de l’hospitalité spirituelle, ouvre ses portes à toutes les doctrines, sans discernement ni réserve. Il en résulte une situation où les Noirs/Africains deviennent, malgré eux, les otages consentants d’un syncrétisme effréné. Leur ignorance est exploitée comme catalyseur d’une profonde aliénation, un breuvage qu’ils consomment avec zèle, jusqu’à la dernière goutte, croyant y trouver salut et élévation. Chers frères et sœurs Noirs/Africains, on vous apprend à ne pas vous soucier du monde présent, mais à vous préparer à un hypothétique « Royaume des cieux ». Ainsi, trop souvent, absorbés par une ferveur religieuse excessive, beaucoup d’entre vous ont mis de côté la pensée critique, la quête du savoir et l’innovation. Pendant ce temps, d’autres peuples, orientaux ou occidentaux, inventent, créent et construisent, tandis que vous utilisez leurs outils et suivez leurs traces. Cette foi erronée vous berce, vous promettant un paradis futur alors que vous vivez dans la misère présente. On vous dit : « Vous êtes sauvés », même si vous mourez de faim. Et pour vous consoler, on vous raconte l’histoire de Job, un récit édifiant destiné à justifier la souffrance comme une vertu.
Pendant ce temps, vos offrandes enrichissent les pasteurs, les imams et les prêtres, devenus les véritables bénéficiaires de votre piété aveugle. Oui, la foi peut être un phare. Mais lorsqu’elle devient une chaîne, une béquille pour échapper à la réalité, elle perd son essence. Apprenons à croire avec lucidité, à espérer sans renoncer à réfléchir. Bon week-end à tous.


