On attribue au Byeri le pouvoir de favoriser la chasse et la pêche, de rendre les femmes fertiles et d’apporter une grande richesse. De nos jours, cette initiation est de plus en plus discrète et secrète, car durant la colonisation, ce culte, comme tous les cultes africains, n’a pas été violemment combattu par les missions occidentales. Accusé à tort de paganisme et de satanisme par des Occidentaux qui ignoraient tout ce qu’il était, le Byeri, comme d’autres sectes, a dû résister pour survivre. Aujourd’hui, grâce à une prise de conscience croissante et malgré les attaques virulentes des Églises chrétiennes, le Byeri connaît une véritable renaissance.
Origine du Byeri : L’origine du Byeri demeure relativement méconnue, faute de recherches historiques approfondies sur le sujet. Cependant, certains auteurs ont tenté d’éclairer l’origine de ce rite ancestral. Nicolas Mba-Zuè, par une approche sémiotique, s’efforce d’élucider ce problème. Il s’appuie sur un mythe mettant en scène Nzame Si (l’aîné) et Nzame Yo (le cadet) dans le récit (Mitsim).
Pour cet auteur, le Byeri se résume ainsi : l’homme est égal au Byeri, qui est égal à la vie. Pour Jean-Marie Aubame, l’origine du Byeri provient précisément du culte dédié à Nzame Ye Mebeghe. En effet, c’est Nzame Ye Mebeghe qui, avant de quitter l’humanité, légua l’Alan aux Fang afin d’établir un contact avec eux. Vous ne devez consommer aucune autre herbe. Rendez-vous au village de Nzame Ye Mebeghe, bon voyage, et souvenez-vous des conseils, des enseignements et des interdictions qui vous seront donnés. Ainsi soit-il ! L’origine du Byeri est également liée à la migration ou à l’exode du peuple Fang-Beti-Bulu. Paul Mba Abessole précise que l’origine même du Byeri remonte à la mort de Nane Ngoghe. C’est en effet lors d’une marche à travers le désert que Nane Ngoghe trouva la mort. À son décès, elle demanda à ses enfants de conserver son crâne afin de les protéger et de perpétuer sa lignée.
Culte des ancêtres : À l’origine, le Byeri était un culte ancestral établissant un lien permanent entre les vivants et les ancêtres. Le Byeri est à la fois un culte et un ensemble d’enseignements liés à la lignée et à la famille. Dans la vision du monde Fang-Beti-Bulu, l’ancêtre est l’axe de la société, le garant du monde des vivants et de l’avenir. À lui sont liés, directement ou indirectement, toutes les manières de faire, les croyances, les rites et l’organisation sociale. En bref, le Byeri (ancêtre) structurait la vie politique, sociale et religieuse. Ainsi, au cœur de ce système se trouve le père ou le membre le plus âgé de la famille (Nda-e-Bot). Il est, en quelque sorte, le gardien et l’intermédiaire entre l’ancêtre ou les ancêtres et les vivants. En ce sens, la connaissance de la généalogie (Endane) et sa transmission relient chaque Fang-Beti-Bulu à l’ancêtre primordial, à Dieu, à Nzame Ye Mebeghe. C’est à lui que sont dédiés les rituels primordiaux, les lamentations et les actes de culte, ainsi que les offrandes.
Le rite lui-même consiste en la plante Alan (Hylodendron Gabunense), un Nsekh Byer (une boîte cylindrique contenant le Byeri) et un Eyema Byeri (une statuette du Byeri). L’initiation a lieu dans un lieu secret, réservé aux non-initiés et aux femmes en général. Les reliques sont souvent des ossements d’ancêtres ayant incarné l’unité, la sagesse, le courage ou la fertilité. Le crâne et les tibias sont privilégiés pour leur longévité et, surtout, pour leurs pouvoirs mystiques.
Byeri et spiritualité : Il est important de noter que le Byeri ne peut être compris sans tenir compte des croyances autochtones de ce peuple. Le concept d’Evüs est fondamental. L’Evüs désigne une énergie, une puissance, une force ou une vigueur qui résident dans l’abdomen de chaque individu. Cette force mystérieuse est également comparée à une petite créature ressemblant à un crabe. Un être humain peut, en effet, posséder plusieurs Evüs. La nature de chaque Evü varie selon le degré de cette énergie. Ainsi, trois catégories d’individus sont distinguées selon leur niveau d’Evü : Mye-Mye, Ñgoleñgol et Ñnem.
Mye ou Mye-mye désigne une personne qui ne possède pas d’Evü dans son corps. Cela peut aussi signifier que cette personne a les yeux complètement fermés et est donc innocente, étrangère au monde de Ngwel. Cette innocence, voire cette naïveté, est même considérée comme une forme de protection, un bouclier défensif. Vient ensuite le Ñgoleñgole, que l’on peut définir comme toute personne possédant l’Evüs sans l’utiliser. Cette personne posséderait un Evüs inactif ou passif, et donc inoffensif. On dit d’elle qu’elle n’est pas mauvaise car elle ne se transforme pas en vampire; elle ne dévore pas les humains. Cependant, cet Evüs peut être éveillé ou activé par un Nnem. Le Ñgoleñgole peut l’utiliser uniquement pour le bien ou pour observer ceux qui se transforment en vampires ou pratiquent la sorcellerie (Ngwel). On dit qu’il voit sans être vu.
Enfin, un Nnem (ou Beyem) est une personne qui possède un ou plusieurs Evüs et les utilise pour nuire. Il se nourrit de chair humaine et se transforme en vampire. Étymologiquement, les Beyem sont ceux qui possèdent des pouvoirs et un savoir mystérieux. On dit qu’ils se transforment en chauves-souris et en hiboux la nuit. Comme on le voit, l’Evüs varie d’une personne à l’autre et est considéré comme un pouvoir neutre pouvant être utilisé pour le bien ou pour le mal. Il est important de préciser que l’Evüs peut être acquis de différentes manières. Les concepts d’Akomga et d’Akaghe nous aident à comprendre ces méthodes d’acquisition.
Statuaire Byeri : Contrairement au rituel lui-même, la statuaire byeri est bien connue des marchés de l’art et des musées occidentaux. De fait, les reliquaires byéri jouissent d’une excellente réputation. Ces statues sont très prisées des collectionneurs, des ethnologues et des musées. Les ventes et les expositions de ces objets continuent d’attirer un large public. À plusieurs reprises, des reliquaires byeri, tels que les masques Ngil, ont atteint des prix records sur le marché de l’art africain. En juin 1990, un reliquaire byeri de la région de Chinchoua (près de Pointe Denis, dans la province de l’Estuaire au Gabon) a été vendu pour 2,5 millions de francs français.
Depuis, les prix des statues byéri n’ont cessé de grimper. Comme en 2001 et 2006, la vente d’un reliquaire Byeri a atteint le million d’euros en 2001, avec l’impressionnante vente aux enchères à 2,5 millions d’euros d’une extraordinaire figure-reliquaire Fang Mvaï Byeri du Gabon. Ce succès constant des reliquaires Byeri témoigne de la curiosité persistante que suscite ce style (Pahouin). Ce succès est probablement dû aux techniques de sculpture employées pour créer ces magnifiques patines, parfois suintantes.
Le peuple Fang-Beti-Bulu a transposé dans le bois l’une des sculptures funéraires les plus raffinées jamais créées par l’humanité. Hiératiques et figés pour l’éternité, oscillant entre délicatesse et rigueur, les gardiens de reliquaires du culte Byeri captivent par leur classicisme et l’harmonie de leurs proportions. Ce sont incontestablement de grands sculpteurs qui ont taillé ces figures dans le bois, qui brille encore sous sa belle patine. Avec leurs fronts hauts et bombés et leur regard hypnotique accentué par des disques de laiton lumineux, ces messagers noirs se situent à mi-chemin entre le monde des morts et celui des vivants : ni vieux ni jeunes, ni présents ni absents. Cette technique sculpturale a été étudiée en détail par l’ethnologue français Louis Perrois pendant plus de cinquante ans dans de nombreuses publications scientifiques ainsi que dans des contributions à des catalogues consacrés à l’art Fang.
Aujourd’hui, l’art Africain soulève de nombreuses questions, dont les plus épineuses concernent la restitution et les modalités d’acquisition de ces objets. Acquis pour la plupart dans des circonstances douteuses par des explorateurs, marins, administrateurs coloniaux, missionnaires et ethnologues occidentaux, les reliquaires, masques, statuettes et autres objets africains continuent d’alimenter la controverse quant à leur restitution ou au versement de devises étrangères aux pays Africains pillés. Enfin, la question se pose de savoir si ces objets sacrés et cultuels sont des œuvres d’art qui méritent d’être exposés au public. (Photo: la statue Byeri Fang (Betsi) Africa Menil Marius).

