C’est durant ses études doctorales que le Dr Maguiraga fut recruté comme assistant de recherche à l’Université Purdue pour un projet de la NASA. Entre 1967 et 1968, il participa activement aux travaux sur le contrôle optimal et la minimisation de la sensibilité des trajectoires des fusées Saturn V, un élément crucial du programme Apollo, celui-là même qui permit à l’homme de marcher sur la Lune. À cette époque, voir un jeune Africain impliqué dans un projet d’une telle envergure constituait un événement historique. Le nom de Madiassa Maguiraga entra ainsi dans les annales de la science mondiale et ouvrit la voie à toute une génération d’ingénieurs Africains.
En 1994, il retourna au Mali. Il fonda le CITA – Centre international des technologies avancées à Bamako. Cette école allait former des centaines d’ingénieurs maliens en électronique et en informatique. Son rêve : former une génération d’Africains noirs capables de créer, et non seulement d’utiliser. Pour lui, la technologie n’était pas un luxe, mais la clé de la souveraineté. C’est dans cet esprit qu’il s’intéressa au registre électoral malien, plaidant pour une base de données fiable et transparente, indépendante de toute influence politique, un informaticien au service de la démocratie.
En 2007, il fonda le Parti populaire progressiste (PPP) et se présenta à l’élection présidentielle. Peu de voix, mais beaucoup de courage. Il aspirait à un Mali juste, instruit et moderne. Il était convaincu qu’il était possible de gouverner autrement : avec compétence, honnêteté et en s’appuyant sur des données fiables. Ses anciens étudiants le décrivent comme un homme simple, rigoureux et profondément religieux. Un professeur qui commençait chaque cours par un proverbe bambara et le terminait par un défi technique, un érudit qui savait toucher les cœurs autant que les esprits.
Aujourd’hui, il nous laisse une leçon : quand le pays doute de lui-même, quand les jeunes partent en exil, souvenons-nous de lui. Ce Malien, du désert de Nioro aux laboratoires américains, n’a jamais cessé de croire que le savoir est une arme pacifique. Repose en paix, Madiassa Maguiraga. Que ton nom rejoigne ceux de Modibo Keïta, de Soumaré et des bâtisseurs d’un Mali digne. Votre œuvre perdure à travers ceux que vous avez formés et à travers ceux qui croient encore qu’un ordinateur peut changer un pays.

