Certes, les 16 % de la population qui jugent la polygamie « Moralement acceptable » représentent toujours une minorité. Toutefois, parmi les dix-neuf « Tabous » cités dans l’enquête, c’est celui qui a connu l’évolution la plus marquée vers l’acceptation. « Dans les résultats de l’enquête publiés le 26 mai 2013, la polygamie se classait au cinquième rang des sujets controversés dont l’image publique s’était améliorée venant juste après les relations entre personnes de même sexe, le fait d’avoir un enfant et d’entretenir des relations sexuelles hors mariage, le divorce, ainsi que la recherche médicale impliquant des cellules souches dérivées d’embryons humains ».
Aujourd’hui aux États-Unis, il est en réalité jugé plus acceptable d’être polygame que d’entretenir des relations extraconjugales (une pratique que seulement 8 % des Américains estiment moralement admissible). Si la culture populaire a pu contribuer à normaliser la polygamie devenue tour à tour le sujet d’une série dramatique de HBO diffusée depuis 2013 (Big Love) et de deux émissions de téléréalité (My Five Wives et Sister Wives) certains attribuent néanmoins cette évolution à une perspective libertarienne : une attitude de « laisser-faire » chez les jeunes Américains vis-à-vis de la sexualité, du mariage et de la vie de famille (selon Brad Wilcox du National Marriage Project, ou NMP), tandis que d’autres y voient un effondrement des valeurs ou une conséquence du lobbying de la communauté LGBT.
Les origines de cette évolution pourraient s’avérer plus complexes, la pratique de la polygamie se situant au carrefour de plusieurs influences Américaines incluant, entre autres, le « Libéralisme social, le fondamentalisme religieux et le polyamour radical », explique Samantha Allen, journaliste au Daily Beast. On estime aujourd’hui que le nombre d’individus polygames se situe entre 50 000 et 100 000 dont la plupart sont musulmans ou mormons fondamentalistes, poursuit-elle, tout en notant que la majorité pratique la polygynie (un homme avec plusieurs épouses) plutôt que la polyandrie (une femme avec plusieurs maris).
En effet, plusieurs observateurs en prédisent déjà la légalisation; elle sera reconnue légalement d’ici 2040 dans l’indifférence générale, déclare le chroniqueur Ross Douthat en conclusion de son article dans The New York Times. « Cette pratique, malgré sa popularité limitée, continue de souffrir d’une mauvaise image. Car elle demeure associée à des affaires sordides impliquant violences domestiques, criminalité, troubles de la santé mentale et agressions sexuelles ». Il y a, par conséquent, peu de risques de voir se multiplier de sitôt les familles composées d’un homme et de plusieurs femmes ou inversement vivant sous le même toit.


